La Villa 31 de Buenos Aires, intégrer pour ne pas détruire

La Villa 31 de Buenos Aires, intégrer pour ne pas détruire
En dessous de l’autoroute Illia est installé l’un des quartiers les moins sécurisés de la Villa 31 – Janvier 2016

La Villa 31 de Buenos Aires est le symbole de la fracture sociale argentine. La Villa 31- Carlos Mugica est un noyau vide, encerclé par les points de mouvements clé de la ville, immense. Longeant le terminal Omnibus, en dessous de l’autoroute Illia, dans la continuité de l’Aeroparque et ouverte sur la gare de Retiro- Mitre, la Villa s’étend et s’organise elle-même. Elle reste un grand point d’interrogation pour le gouvernement de la ville comme pour ses habitants. Malgré la crise économique de 2001, Buenos Aires est devenu une grande métropole, ouverte sur le monde, suivant le modèle d’un Brésil aux distorsions bien plus grandes encore. Les villas-miserias argentines sont nées de l’immigration et de la pauvreté, qui a changé de corps depuis les années 1920, mais pas de nature. Les bidonvilles ont été un problème pour les gouvernements successifs mais ont toujours résisté à un éventuel déménagement plus ou moins forcé. Depuis les années 90 et la création du quartier d’affaires de Puerto Madero, l’organisation de la ville est pensée différemment. Cette ancien quartier marécageux dont personne n’avait pu mener à bien le projet de réhabilitation en port de commerce est finalement devenu un pôle économique important de la ville. De fait, pourquoi ne pas penser une transformation des quartiers défavorisés, non pas en les faisant disparaître, mais en les intégrant à la ville en tant que quartiers à part entière ?

C’est en effet ce que propose le Secrétariat d’Intégration Sociale et Urbaine de la ville. Le plan d’urbanisation de la Villa 31 inicié en 2016 a pour but d’insérer le bidonville dans la ville, qui deviendrait un quartier, le quartier Mugica, situé entre Retiro et Recoleta. Le projet est structuré à travers quatre grands thèmes : Construire, L’Humain et le Social, le Développement économique, et l’Intégration urbaine.

La plupart des maisons de fortune habitées dans la Villa 31 sont construites à la volée, à partir de matériaux de récupération, briques, bois, tole. Elles tiennent en équilibre les unes sur les autres. L’accès à l’eau et à l’électricité n’est pas si commun et les services d’assainissement étaient rares il y a encore un an. Le projet d’urbanisation de la Villa 31 propose de réhabiliter les maisons qui peuvent l’être et de reconstruire celles qui ne le peuvent pas. Le quartier Bajo Autopista, enclavé entre la terre et l’autoroute qui rase les toits, sera par exemple détruit. Les logements seront reconstruits un peu plus loin, à la sortie du bidonville, sur un terrain vague racheté par la ville et dont l’entreprise pétrolière YPF est l’ancienne propriétaire. Les travaux ont commencé à la fin de l’année 2016 et la priorité absolue est à la sécurité. Sécurité physique ou sécurité sanitaire, la route est longue. Les cuisines et les salles de bains attirent particulièrement l’attention car les accidents domestiques sont fréquents à cause des fuites de gaz et des circuits électriques bricolés. Ainsi, en janvier 2017, un habitant a été tué dans un incendie domestique. Les conditions de vie dans la villa provoquent des risques sanitaires. Les eaux stagnantes et l’absence de service d’assainissement sont vecteurs de maladies. Le projet du gouvernement vise aussi à améliorer les conditions de vie des habitants en proposant des services de santé et d’accompagnement. La responsable du bureau d’intégration de la Villa 31 nous explique que l’accès à la santé, à l’éducation et à l’insertion professionnelle est la clé d’insertion du quartier. Se sont ainsi créés différents points d’accueil dans la villa, comme les Portal ou le Golpe, qui aident les habitants à faire face aux problèmes de violence, quelle qu’elle soit, qu’impose la vie dans ce microcosme encore renfermé sur lui-même.

Même si beaucoup d’habitants des villas travaillent dans la capitale, un certain nombre de stigmatisations perdurent. La principale source de conflit est liée au financement de ce projet. L’Etat débloque en effet 170 millions de dollars en partie provenus de la Banque Mondiale. La Villa 31 est peuplée principalement de personnes originaires du Paraguay, de Bolivie ou du Pérou. Le sentiment d’injustice est partagé : comment peut-on laisser un bidonville perdurer mais pourquoi financer sa réhabilitation avec l’argent des argentins ?

Les problèmes sociaux que pose ce projet ne sont cependant pas les plus importants, il est en route, de toute façon. Cependant, il est possible de s’interroger sur la faisabilité du plan d’urbanisation, dont le dernier coup de pioche est prévu pour 2019. Est-il vraiment possible d’habiliter un bidonville de 15,25 hectares en 3 ans, à 400 personnes et en travaillant 3 mois sur chaque bâtiment ? Est-il tout autant possible d’intégrer un quartier et ses 40 000 habitants après 80 ans d’exclusion et d’hostilité ? La ville et la villa auront donc besoin de temps pour composer avec leurs disparités sociales, pour qu’elles deviennent des forces et non plus des faiblesses.

 

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