Que s’est-il passé le 24 mars 1976 ?

Que s’est-il passé le 24 mars 1976 ?

“El Día Nacional de la Memoria por la Verdad y la Justicia” est une journée particulière dans l’histoire de l’Argentine. Tenant lieu de manifestations ou de marches commémoratives, il y a toujours quelqu’un pour se souvenir dans les rues de Buenos Aires dans la journée du 24 mars. Cette date fait référence au 24 mars 1976, jour où eût lieu le coup d’État de la junte militaire qui s’installait alors pour sept ans de dictature, jusqu’en décembre 1983. Prenant le pouvoir à la présidente légitime María Estela Martínez de Perón, les forces armées ont alors installé un régime autoritaire et violent, soutenu par les Etats-Unis, et responsable de la disparition de 30 000 personnes.

Au petit matin du 24 mars 1976, le général Jorge Rafael Videla, accompagné de l’amiral Eduardo Massera et du général brigadier Orlando Agosti, annonce le “Processus de Réorganisation Nationale” révoquant les mandats de tous les acteurs politiques nommés constitutionnellement et en poste jusqu’alors. Le pouvoir aux mains des militaires, l’Argentine a suivi le modèle de ses pays frontaliers comme le Chili, l’Uruguay ou le Brésil, déjà régis par des dictatures militaires. Dans un contexte de Guerre froide, les Etats-Unis ont pu profiter de l’instabilité politique du pays pour pouvoir soutenir un pouvoir qui ne laisserait pas la main aux communistes. Cependant, la dictature militaire n’est pas arrivée par hasard. En effet, depuis le décès du Président Juan Perón en 1974 et la prise de pouvoir de son épouse María Estela Martínez de Perón, le pays a connu une crise politique et sociale, devant faire face à des problèmes économiques et à des violences terroristes perpétrées par des groupuscules d’extrêmes gauche (Monteneros) et d’extrêmes droite (Triple A). Des mesures répressives pour contenir ces violences avaient déjà été mises en place par ce gouvernement. La dictature civique et militaire est donc arrivée dans une démocratie fragilisée et dont l’issue contraire aurait certainement été la guerre civile.

Cette période de 1976 à 1983 a laissé une trace indélébile dans la société argentine puisque chaque citoyen, quelle que soit sa classe sociale et sa situation, en a été affecté. La répression militaire a été perpétrée contre des opposants politiques, des syndicalistes, des activistes, des étudiants et d’autres personnes emprisonnées dans des camps de détention où elles furent torturées, droguées puis jetées dans le fleuve par avion, ce qu’on appelle aujourd’hui “les vols de la mort”. D’autres ont été jetées dans des fosses communes même si le mystère reste entier quant au destin de ces disparus, décomptés au nombre de 30 000 par les organisations de défense des Droits de l’Homme. Ce chiffre et la dénomination de génocide restent cependant contestés et il est difficile de connaître avec exactitude le nombre de disparus lors de la dictature militaire. Grâce au combat des Mères et des Grands-Mères de la Place de Mai, qui ont lutté et qui luttent encore aujourd’hui pour retrouver enfants enlevés et petits-enfants adoptés illégalement, il est évident que cette période fut d’une violence extrême d’un État envers ses ressortissants. La “guerre sale” en est devenu le surnom.

Le 24 mars est un jour de commémoration et d’hommage à toutes ces personnes disparues et persécutées par leur propre pays. C’est aussi une date pour se rappeler de cette période sombre où la Constitution et les valeurs démocratiques ont été attaquées. L’Espacio Memoria y Derechos Humanos permet de venir se recueillir toute l’année afin que cette histoire ne se reproduise jamais.

 

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