Rencontre Macri-Bolsonaro : quelle suite pour le Mercosur ?

Rencontre Macri-Bolsonaro : quelle suite pour le Mercosur ?

Le Billet du Mercosur

 

C’est le 16 janvier prochain, à Brasilia, que se rencontreront les chefs d’Etat des deux grandes puissances du Mercosur. Mauricio Macri et le président brésilien récemment investi, Jair Bolsonaro, ont devant eux un agenda politique ample. Malgré la complexité de ce dernier, ils devront composer avec des dissensions idéologiques majeures. En dépend l’avenir du Mercosur.

 

Depuis son élection le 28 octobre 2018 avec 55,13% des voix, Jair Bolsonaro est au centre des spéculations sur l’avenir du Mercosur. Nommé à la tête du Brésil, cet ancien militaire aux idées d’extrême-droite rompt avec un paysage politique historiquement de gauche populiste. Cette rupture avait déjà trouvé sa symbolique en avril 2018 lorsque l’ancien président Luiz Inacio Lula da Silva (2003-2010) était incarcéré, accusé dans une affaire de corruption.

 

Les deux présidents partagent justement un point commun majeur : ils ont tous deux déconstruit le modèle populiste en Argentine et au Brésil. Les ennemis communs mènent-ils toujours à un terrain d’entente ? Cela n’est peut-être pas une vérité générale dans des pourparlers au sujet de politique continentale et internationale.

 

Quatre grandes problématiques s’invitent au programme de Brasilia. Le commerce, le Mercosur, l’accord avec l’UE et le Vénézuela sont dans le viseur. Elles sont déterminantes dans un moment clé pour les deux mandataires : l’un arrive tout juste, composant un gouvernement et l’orientation d’un début de mandat attendu au tournent ; l’autre vise sa réélection au mois de novembre en ayant la crise monétaire argentine comme axe déterminant de son avenir politique. Ces destins croisés montrent en fait une asymétrie dans les ambitions personnelles et en terme de politique intérieure. On lit entre les lignes un intérêt commun de fluidité pour que le Mercosur tienne debout.

 

Malgré quelques cafouillages, l’équipe de Bolsonaro se montre active pour mettre en place une politique libérale. En réponse sur Twitter aux félicitations du président Macri lors de son investiture, Jair Bolsonaro laisse entendre qu’il souhaite que les deux puissances travaillent ensemble dans un intérêt commun : “Le Brésil et l’Argentine vont avancer ensemble dans des directions différentes à celles employées par le passé par les anciens gouvernements.” La ministre de l’agriculture du Brésil, Tereza Cristina Correa, semble confirmer cette orientation : “Maintenir les marchés et en ouvrir d’autres nouveaux est essentiel pour l’agriculture.” 

 

Les relations bilatérales entre le Brésil et l’Argentine sont avant tout commerciales. Les deux blocs constituent une puissance agricole stratégique à l’international. Pour l’Argentine, le constat est clair : si le Brésil se développe, elle aussi. Même si les deux pays semblent prendre un parti différent dans la guerre commerciale qui oppose les Etats-Unis et la Chine, il n’est jamais bienvenu de s’éloigner de son voisin le plus proche.

 

Malgré la position climatosceptique de Bolsonaro qui a rejeté l’organisation de la COP25 qui aura finalement lieu au Chili, ses réticences en ce qui concerne l’égalité homme-femme déjà au coeur d’une polémique lancé par sa ministre Damares Alves, ainsi que sa nostalgie de la dictature militaire (1964-1985), les deux nations ont, et ce depuis vingt ans, un objectif commun : la signature de l’accord économique entre l’Union Européenne et le Mercosur. L’élection de Jair Bolsonaro avait quelque peu refroidit le président français Emmanuel Macron qui n’apprécie guère que l’on piétine l’Accord de Paris. Une déception pour Mauricio Macri, qui fait de cet accord un point central de sa politique extérieure. Il sera difficile de redonner de l’élan aux négociations en cette année décisive pour l’UE qui refonde son parlement au mois de mai 2019.

 

Pour envisager la signature de nouveaux accords locaux et internationaux, il apparaît comme nécessaire de repenser la structure même du Mercosur. L’alliance est, en effet, l’une des plus fermées au monde. Il reste difficile pour le Brésil, l’Argentine, l’Uruguay et le Paraguay de négocier des accords de commerce indépendamment du Mercosur dont les règles sont fixées par le AEC, “Arancel Externo Común“. L’alliance économique pourrait devenir plus flexible afin de renforcer son status de zone de libre circulation des marchandises. Fondé en 1991, le bloc pourrait profiter d’une refonte profonde, à l’heure où ses deux principaux moteurs concordent en politiques libérales.

 

Le grand défi de l’Argentine et du Brésil reste cependant la gestion de la crise au Vénézuela. Cette crise politique totale en a déclenché une autre, une vague migratoire sans précédent dont on parle peu mais qui n’en est pas moins saisissante : le Vénézuela se vide de sa population. Mauricio Macri, même s’il s’est montré ferme lors de l’exclusion du Vénézuela du Mercosur, maintient sa volonté de trouver une solution diplomatique et démocratique à la crise vénézuélienne. Jair Bolsonaro s’accorde avec son homologue américain Donald Trump afin d’envisager une intervention militaire à Caracas, pour destituer Nicolás Maduro. L’Assemblée Nationale vénézuélienne, soutenue par l’Argentine et les gouvernements du Brésil, du Canada, du Chili, de Colombie, du Costa Rica, du Guatemala, de Guyana, du Honduras, du Panama, du Paraguay, de Sainte-Lucie et du Pérou, a choisi de ne pas reconnaître la légitimité du second mandat de Maduro qui débutera le 10 janvier. À Lima, le chef de l’État brésilien lance un message à son homologue Maduro en lui demandant de ne pas “prendre le pouvoir d’un mandat illégitime” et de saisir l’opportunité de “redémocratiser le Vénézuela”.

 

La rencontre bilatérale entre Mauricio Macri et Jair Bolsonaro sera historique pour le continent. Entre désillusion des idées de gauche et aspiration à récupérer sa part du gâteau, les deux puissances auront, à Brasilia, l’opportunité de refonder un Mercosur en berne pour rebooster des économies dans le rouge.

 

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