FMI, comprendre les enjeux d’un accord tumultueux

FMI, comprendre les enjeux d’un accord tumultueux
Photographie : La population conteste l’accord avec le FMI, comme ici, à Tilcara, dans la province de Jujuy.

 

L’accord signé entre l’Argentine et le Fonds Monétaire International a secoué l’actualité politique des derniers mois. Le président Mauricio Macri a pris la décision de solliciter l’aide du FMI en mai dernier. Le peso argentin s’est en effet dévalué de 9% en une seule journée, le 3 mai 2018. Le 26 septembre, le gouvernement annonce au consulat de New-York la mise en place d’un nouvel accord. Le pays recevra un prêt de 57,1 milliards de dollars, soit 7,1 milliards de plus que la somme prévue au mois de juin. L’opposition et la population critiquent fermement les négociations avec le FMI, y voyant une perte de souveraineté. ElCarretero revient sur la chronologie des évènements pour tenter de clarifier un sujet aussi complexe que passionnant.

 

  • Pourquoi l’Argentine a-t-elle sollicité l’aide du Fonds Monétaire International ?

Plusieurs raisons expliquent que le gouvernement argentin se soit tourné vers le FMI. Selon l’IDESA (Instituto para el Desarrollo Social Argentino), le déficit fiscal a atteint 5,5% du PIB, ce qui représente 42% de l’argent dont dispose la population. En 2015, le déficit fiscal était de 3,5%, comme la Grèce. Le déficit fiscal se définit de la façon suivante : il est la différence négative entre les revenus et les charges publiques sur un délai donné. Cela signifie que l’Argentine dépense plus que ce qu’elle ne perçoit, comme l’a souligné le Ministre de l’Économie, Nicolás Dujovne.

 

“Le crédit accordé permettra de continuer à travailler pour atteindre un équilibre fiscal et d’en finir avec le problème de l’Argentine qui dépense plus que ce qu’elle ne possède.”

 

L’Argentine dispose d’une dette extérieure correspondant à 5,8% de son PIB. Le lien qui existe entre déficit fiscal et dette extérieure est important dans la mesure où pour combler son déficit fiscal, un pays a recours à un prêt accordé par un autre pays ou par un organisme externe. Un niveau trop élevé de cette dette extérieure peut conduire à des turbulences financières. Si la devise nationale fluctue, comme ce fut le cas en avril-mai 2018, les taux d’intérêts de cette dette explosent. C’est d’autant plus vrai si cette dette a été contractée dans une devise étrangère.

La devise argentine est soumise à une forte inflation à cause de sa relation ambigüe et parallèle avec le dollar. Le président Macri a donc choisi de faire appel au FMI afin d’établir une “ligne de soutien financier” bilatérale avec l’institution. L’objectif est de baisser le déficit fiscal à l’aide du prêt échelonné, tout en réduisant les dépenses publiques.

L’Argentine cherche également à retrouver sa crédibilité sur le marché financier international, face auquel il est difficile d’apparaître comme un partenaire de confiance.

Graphique de l’IDESA

 

  • En quoi consiste le nouvel accord signé avec le FMI ?

Le deuxième accord signé entre l’Argentine et le FMI prévoit l’obtention d’un prêt à hauteur de 57,1 milliards de dollars. Le pays a pu bénéficier d’un prêt “Stand By”. C’est un accord pensé pour venir en aide aux pays en situation de crise économique afin de les aider à réajuster leur balance de paiement. C’est un système flexible, échelonné en général sur 12-24 mois pouvant aller jusqu’à 36. Cela permet d’aider rapidement les pays en difficulté qui ont besoin de recevoir un financement externe. Dans le cas de l’Argentine, le prêt s’étend sur une période de 36 mois.

L’objectif est de réduire le déficit primaire à 1,8% du PIB en 2019 pour atteindre un équilibre fiscal primaire d’ici 2020. L’idée est aussi de renforcer l’autonomie de la banque centrale (BCRA). Désormais, elle établira les objectifs d’inflation sur trois ans. Le pays doit également assumer une baisse des dépenses publiques. Cela aura un impact sur les salaires des fonctionnaires, les retraites, les chantiers et les budgets attribués aux provinces.

 

  • Quelle a été la chronologie des négociations ?

Le 18 mai 2018, le président Mauricio Macri annonce que le gouvernement a sollicité l’aide du Fonds Monétaire International. C’est alors l’institution de dernier recours. La balance de paiement est en crise, plus personne ne veut prêter à l’Argentine. La monnaie dégringole, malgré la vente d’une partie des réserves nationales de dollars. Le gouvernement a eu un premier contact avec le FMI le 8 mai, où il exprime sa volonté d’obtenir un prêt.

Nicolas Dujovne annonce rapidement les conditions de l’accord conclut le 7 juin. Le 20 juin, l’Argentine reçoit le premier versement de 15 milliards sur les 50 prévus. Le pays connaît un deuxième épisode de crise économique en août et septembre, où l’inflation se creuse davantage imposant une hausse des prix fulgurante. Depuis janvier, le peso a perdu près de 50% de sa valeur. Il passe la barre symbolique des 40 pesos pour 1$USD le 30 août. En pleine négociation aux États-Unis, le gouvernement a du faire face à la démission de Luis Caputo, le président de la banque centrale.

Le 26 septembre, le gouvernement annonce l’obtention de 7,1 milliards supplémentaires par rapport au premier accord. Le Congrès a approuvé le projet de loi du budget 2019, soutenu par le Sénat le 15 novembre. L’approbation législative du budget est primordiale pour mettre en place le projet.

 

  • Quels sont les résultats attendus ?

Le plan projette de réduire le déficit primaire pour la fin de l’année à 2,7% du PIB. L’objectif est de terminer l’année 2019 à 1,3% et d’arriver à un équilibre fiscal en 2020. 2021 devrait être une année positive, avec un excédent de 0,5% du PIB. Sur la période 2018-2021, cela devrait correspondre à une réduction du déficit de 3,1%.

 

  • Quels arguments propose l’opposition pour justifier son désaccord ?

La politique budgétaire découlant des accords a été fortement contestée ces derniers mois. Plusieurs manifestations ont eu lieu, parfois dans la violence, comme le 24 octobre au Congrès lors du vote du budget 2019. Les relations entre l’Argentine, le déficit fiscal et le FMI ne datent pas d’hier. En 117 ans, l’Argentine a échappé au déficit à peine une décennie, pendant la présidence de Néstor Kirchner. La société a gardé en mémoire les expériences traumatiques de mauvaise gestion du budget, pendant la dictature militaire (1976-1983) et en 2001, entre autres. La population s’oppose au prêt du FMI, y voyant une humiliation et une perte de souveraineté nationale.

Certains économistes jugent cet accord difficilement réalisable. Dans le cas où la politique du gouvernement de Mauricio Macri ne fonctionnerait pas, le pays pourrait se retrouver en défaut de paiement. Le souvenir de décembre 2001, où ce fut effectivement le cas, est encore douloureux. Et pour cause, cela ne fait que 17 ans. La coupe dans les dépenses publiques a également du mal à passer, dans un contexte où les salaires ont déjà perdu une partie de leur valeur depuis le début de la crise économique. Un bras de fer musclé, à un an des élections présidentielles.

 

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