Mode – La Haute Couture parisienne, dans les secrets de l’élégance

Mode – La Haute Couture parisienne, dans les secrets de l’élégance
Illustration : Couvertures des magazines de mode Le jardin des modes et Vogue

 

Karl Lagerfeld est décédé le mardi 19 février à Paris. Le directeur artistique de la maison de haute couture Chanel, icône de la mode depuis plus d’un demi-siècle, était l’un des derniers géants encore vivant de l’âge d’or de la haute couture. S’éteint avec lui l’époque où la mode s’est érigé au sommet de son prestige ; un presqu’art aux savoir-faire précieux, au service de grands créateurs comme Christian Dior, Pierre Cardin ou Yves Saint-Laurent. La haute couture reste aujourd’hui un art bien gardé au coeur de la capitale française -Paris, la capitale de la mode- entre histoire, secrets et élégance.

 

“Haute Couture”, une appellation française protégée

Depuis 1945, l’appellation française “haute couture’ est juridiquement protégée. Les maisons doivent répondre à un certain nombre de critères exigeants pour en obtenir le titre. Les candidats doivent pouvoir attester de la création d’au moins 25 tenues par collection, celles-ci devant être fabriquées par une équipe de 20 personnes minimum, à la main, dans les ateliers de la maison. En cas d’acceptation, l’autorisation de défiler pendant la semaine de la mode haute couture est valable une seule année, avant d’être potentiellement renouvelée et devenir permanente. Il existe trois types de maisons de haute couture autorisées à défiler à l’occasion de la semaine de la mode. Il y a les membres permanents (Chanel, Dior, Jean-Paul Gaultier), les membres correspondants étrangers (Versace, Valentino, Elie Saab) et les membres invités qui n’obtiennent l’autorisation de défiler que pour une année.

Devenue une véritable appellation juridiquement protégée par la Fédération Française de la Couture, la qualité de haute couture est attribuée aux maisons de luxe répondant à ces critères stricts, établis par la Chambre Syndicale de la Haute Couture. La Haute Couture est donc une spécificité française unique qu’on ne retrouve nulle part ailleurs.

S’inscrivant dans une longue tradition du luxe et de la mode, la naissance de la haute couture est historiquement attribuée au créateur anglais Charles-Frederick Worth à la fin du XIXème siècle. C’est à cette époque qu’arrive la première révolution : la présentation des collections sur modèles humains à l’occasion de défilés. Lady Duff Gordon, styliste britannique et survivante du naufrage du Titanic, organise le premier défilé de mode. C’est la cour de Louis XIV qui instaure le prestige de l’habillement, de la mode et du luxe. Ce prestige prend tout son sens au XVIIIème siècle avec la reine Marie-Antoinette, dont la cour dispose d’une ministre des modes, Rose Bertin.

Même si la haute couture n’est pas une activité rentable et que le chiffre d’affaires des maisons se fait grâce au prêt-à-porter, à la vente d’accessoires et de parfums, la haute couture n’en reste pas moins un secteur d’artisanat d’excellence qu’il convient de protéger. Riche en histoire et en savoirs-faire, la haute couture est exigente : tout est fait à la main, des broderies jusqu’aux plissés, de la coloration des plumes à la moindre petite couture. La haute couture permet de maintenir vivant des savoir-faire secrets et précieux, comme la broderie de la maison Lesage ou la plumasserie de la maison Lemarié.

 

L’âge d’or des grands couturiers

Les années 50-60 font briller les grands couturiers tels que Christian Dior ou Yves Saint-Laurent. À partir des années 60, c’est la révolution du prêt-à-porter qui vient changer la façon de s’habiller et la conception de la mode, jusqu’alors encore élitiste. La mode des années 60 est le reflet des bouleversements sociaux de l’époque. En pleine époque de croissance économique et d’émancipation, les créateurs innovent et cassent les codes conventionnels de l’habillement. Les futuristes inspirés de la conquête spatiale, comme Pierre Cardin, proposent des formes et des motifs géométriques nouveaux. Yves Saint-Laurent, qui créé sa maison en 1962, habille les femmes d’un tailleur pantalon, vêtement encore théoriquement interdit par la loi. Pierre Bergé précisera plus tard : « On a souvent dit que Chanel avait libéré les femmes. C’est vrai. Des années plus tard, Saint Laurent devait leur donner le pouvoir. »

Casser les codes, voici peut-être le but premier de la haute couture. L’un des premiers à l’avoir fait, c’est Paul Poiret, qui s’affranchit des contraintes traditionnelles des robes, comme les corsets ou les jupons. Il fait de la liberté une philosophie : “ce n’est plus le corps qui s’adapte au vêtement, c’est le tissu qui est mis en forme pour épouser la silhouette.” La haute couture est pour Poiret un art à part entière, au même titre que la peinture.

 

« La création n’est pas une demande gratuite ; le créateur n’est pas un directeur, mais un visionnaire. » Paul Poiret

 

La grande figure du XXème siècle est évidemment Gabrielle Chanel, “Coco Chanel”, qui devient mythique grâce au célèbre tailleur tweed de 1954 et le parfum N°5, à l’origine des écarts les plus controversés de Mademoiselle Chanel. La couturière française fait de Chanel la maison de l’élégance et du chic à la française, habillant la femme avec simplicité et légèreté. Elle ouvre toutes les possibilités dans le monde de la mode, bousculé par d’autres grands noms comme Dior que l’on connaît pour le tailleur bar de 1947 et plus tard Yves Saint-Laurent, avec son tailleur-pantalon qui masculinise le prêt-à-porter.

 

Karl Lagerfeld, l’icône qui s’éteint 

Karl Lagerfeld arrive à la tête de la maison Chanel en 1983. Il réussit le pari de re-dynamiser la maison tout en gardant l’esprit Coco. Matières traditionnelles ou incongrues, couleurs sobres et pastels, le styliste s’est distingué tout au long de sa vie par une créativité sans limites et une excellence renouvelée dans chacune de ses collections. Né à Hambourg le 10 septembre 1933, Karl Lagerfeld s’installe à Paris en 1952 où il étudie et gagne un concours de mode. Il travaille chez Pierre Balmain en tant qu’apprenti pendant trois ans et arrive à la tête de la maison Jean Patou à la fin des années 50. Il travaille ensuite chez Fendi et Chloé avant d’être nommé directeur artistique de Chanel, où il devient l’icône de la mode que l’on connaît.

 

“J’aime savoir, tout savoir. Être informé. Je suis une espèce de concierge universel, pas un intellectuel.”

 

Il était un homme fantasque, superficiel, solitaire, drôle, érudit. Son allure froide dissimulait un sens de l’humour et de la petite phrase qui l’a rendu atypique, parfois hautain, parfois taquin. Karl Lagerfeld était un boulimique de la connaissance, qui passait son temps à travailler, à apprendre et à lire. Il possédait dans sa bibliothèque plus de 300 000 livres. La styliste Virginie Viard, son bras droit, prend la tête de la célèbre maison de haute-couture. C’est une nouvelle page de l’histoire de Chanel, qui accueille un nouveau coup de crayon.

 

La haute couture est cette boîte à bijoux française qui oscille entre art et artisanat. Elle est née à Paris, y a grandit et s’est étendue au monde entier, tout en conservant sa touche et son savoir-faire parisien où résonne l’imagerie populaire lorsque l’on parle de mode. Même si le prêt-à-porter est aujourd’hui ce qui fait la rentabilité des maisons, la haute couture reste, à l’occasion des défilés de la semaine de la mode, un monde ouvert à toutes les possibilités et à la création qui fait rêver et qui inspire.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *