#MiraComoNosPonemos, nouvelle vague de féminisme après #MeToo

#MiraComoNosPonemos, nouvelle vague de féminisme après #MeToo
Photographie : Portrait lors du mouvement féministe #NiUnaMenos en 2016 – ElCarretero

 

La vague MeToo déferle sur l’Argentine depuis le 11 décembre. C’est sous le hashtag #MiraComoNosPonemos que des dizaines d’actrices et de personnalités dénoncent les agressions sexuelles dont elles ont été victimes. Après le mouvement NiUnaMenos et la mobilisation en faveur de la légalisation de l’avortement, le pays connaît le coup de force ultime de la révolution féministe. 

 

Lutter contre les violences

“Il existe aujourd’hui une pluralité de courants féministes et une diversité de figures, et il est essentiel de les rendre visibles.” explique Caroline Dayerexperte en études de genre et en prévention des violences et des discriminations. Il n’y a pas un féminisme, mais il y a une pluralité de mouvements féministes qui prennent différentes formes culturelles. Tout comme il n’y a pas qu’une seule cause dans le combat pour l’égalité homme-femme.

 

Depuis que l’actrice Thelma Fardin a dénoncé le viol dont elle a été victime à l’âge de 16 ans lors d’une tournée promotionnelle d’une série pour enfants au Nicaragua, les témoignages se multiplient. Un certain nombre de personnalités du cinéma membre du comité “Actrices Argentinas” et de la télévision ont évoqué publiquement leurs agressions. #MiraComoNosPonemos créé une communauté comme l’avait fait #MeToo après le scandale de l’affaire Harvey Weinstein en 2017 aux Etats-Unis. Le combat est préoccupant : les agressions sexuelles ne sont pas une exception. Elles sont le reflet d’une problématique sociale et d’un enjeu de santé publique. En témoigne l’explosion des standards téléphoniques du 144 de Buenos Aires, la ligne téléphonique en place pour conseiller les femmes victimes de violence. Cette dernière enregistre un nombre d’appels record.

 

Ce mouvement est l’ultime coup de force d’une mobilisation entamée en 2015 sous le nom de NiUnaMenos. Ce premier mouvement avait rassemblé des milliers de femmes et d’hommes dans les rues, venus lutter contre les violences faites aux femmes. Le journal Clarin fait un triste constat après le premier féminicide de l’année 2019, survenu dans la capitale de Santiago del Estero : une femme est assassinée toutes les 32h en Argentine. Dans une société encore fortement caractérisée par son patriarcat et et sous forte influence de l’église, ces premiers rassemblements en 2015 et 2016 lançaient un message clair : le corps des femmes ne doit plus être soumis ni à la violence ni à la domination masculine. 

 

 

Sexualité, Égalité, Maternité

Avec l’accusation de Juan Darthés, la lutte contre les violences faites aux femmes s’étend à une sphère qui peine à sortir de sa zone de tabou : la sexualité. Car la perception de la sexualité est une construction éminemment sociale, tout comme l’est la conception du viol. Dans son essai King Kong Théorie écrit en 2006, l’écrivain Virginie Despentes explique que le viol n’est pas nécessairement une agression violente qui survient en pleine nuit sous la menace d’une arme. Cette image renvoie à un cliché alimenté par la sphère sociale. Cela retire les nuances et rend les agressions sexuelles parfois difficiles à identifier, notamment lorsqu’elles surviennent dans un contexte familial ou conjugal. Une agression sexuelle peut être bien plus subtile, elle peut survenir dans une situation de manipulation psychologique où la frontière entre consentement, violence et agression est ambigüe. L’auteur explique dans cet ouvrage visionnaire que la sexualité a historiquement été codifiée par les hommes pour les hommes, associant la femme à un objet de désir ou à sa fonction reproductrice. Les mouvements féministes d’aujourd’hui interviennent dans la continuité de la révolution sexuelle des années 70.

 

« Le viol, c’est la guerre civile, l’organisation politique par laquelle un sexe déclare à l’autre : je prends tous les droits sur toi, je te force à te sentir inférieure, coupable et dégradée. » Virginie Despentes

 

La relation femme-maternité a été remise en question tout au long de l’année 2018, au coeur du débat sur la légalisation de l’avortement en Argentine. Même s’il est entendu qu’il faut lutter contre les violences faites à l’encontre du corps des femmes, la question du pouvoir de décision sur celui-ci balance entre individu et société. La question de pouvoir disposer de son corps ou non est centrale. Le choix de la maternité, de la programmation de cette dernière, ou de son refus, remet en question le status de la femme dans la société en tant qu’individu et cela déstructure la conception traditionnelle de la famille. 

 

« Une femme ne peut consentir à donner la vie que si la vie a un sens ; elle ne saurait être mère sans essayer de jouer un rôle dans la vie économique, politique, sociale » Simone de Beauvoir

 

Le projet de loi a divisé et mobilisé tout au long de l’année 2018 et le foulard vert est devenu le symbole d’une génération de femmes qui souhaite disposer librement de leur corps. L’enjeu est énorme : définir si le droit à la vie est plus important que la liberté des femmes de disposer de leur maternité. Le Sénat aura eu raison du projet : le 9 août, la loi est rejetée par les sénateurs qui s’opposent à l’approbation des députés.

 

 

Et les hommes dans tout ça ?

C’est également le status de l’homme qui porte à interrogation. Car si le status de la femme est repensé, qu’en advient-il de celui de l’homme ? Comment repenser le rôle de père de famille ? De mari ? De chef ? La place de la femme dans la société et dans la fonction parentale ne peut être repensée qu’en remettant en question la place de l’homme et de sa fonction parentale. En France, ces questionnements apparaissent dans des revendications qui concernent la paternité. En effet, certains hommes demandent par exemple à bénéficier d’un congé paternité plus long. Plus largement, la maternité est un espace de pouvoir où la femme est parfois avantagée injustement, notamment dans le cas d’un divorce où il doit se décider la garde des enfants. La garde des enfants est encore largement confiée à la mère dans le cas d’une séparation conflictuelle, en France.

 

L’enjeu de mouvements féministes tels que #MiraComoNosPonemos, #MeToo ou #BalanceTonPorc n’est pas seulement de lutter contre un délit commis contre les femmes ni d’attribuer une place meilleure à la femme dans la société. Il est au contraire de bousculer la place de l’homme dans la sphère publique et privée afin de reconsidérer tous les individus à égalité. La problématique est de repenser les relations sociales qui régissent les individus tant d’un point de vue professionnel, individuel que sexuel. Il y a trente ans, Françoise Giroud, disait que « la femme sera vraiment l’égale de l’homme le jour où à un poste important on désignera une femme incompétente. » À méditer.

 

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