Littérature – Mengele, “l’ange de la mort” sous la plume d’Olivier Guez

Littérature – Mengele, “l’ange de la mort” sous la plume d’Olivier Guez
Photographie : Le passeport italien utilisé par Josef Mengele pour fuir en Argentine, en 1949 – Source Wikimedia Commons

 

7 février 1979. Josef Mengele meurt dans l’océan Atlantique, alors qu’il se baigne sur une plage brésilienne. C’est dans la solitude, la vieillesse et la maladie que s’éteint le médecin et tortionnaire nazi tristement célèbre, après plus de trente années d’exil en Amérique du Sud. Le journaliste et écrivain Olivier Guez est remonté aux sources de cette histoire incroyable qui l’a mené en Allemagne, en Argentine et au Brésil. L’auteur signe “La disparition de Josef Mengele”, roman d’investigation au service de la mémoire, récompensé par le prix Renaudot en 2017.

 

Josef Mengele, médecin au service du crime

Né à Guntzbourg en 1911, Josef Mengele est issu d’une famille puissante de Bavière. Ambitieux, baigné par les idéaux d’une Allemagne aux mains du nazisme, le jeune homme étudie la médecine et l’anthropologie à l’Université de Munich. Il en sort diplômé de deux doctorats et passionné par la génétique. Il rejoint la SS en 1938 et est transféré à Auschwitz en mai 1943 où il profite de son statut de médecin pour effectuer des expériences sur les prisonniers du camp. Son laboratoire est une porte ouverte sur l’horreur.

Particulièrement intéressé par les mystères de la gémellité, du nanisme, des déformations physiques et des yeux vairons, Josef Mengele réalise des expériences cruelles sans considération pour la vie humaine de ses cobayes. Il se tient droit, posté devant l’entrée du camp d’extermination, à l’arrivée des trains d’où descendent des centaines de personnes triées sur le vif. Josef Mengele décide, à gauche, à droite, à la mort ou au travail forcé, et repère les individus qui l’intéressent pour réaliser ses expériences. Certaines de ses victimes ayant survécu ont témoigné de ces exactions au moment où est venu le temps du bilan : Josef Mengele est responsable de la mort de près de 400 000 personnes.

 

“Pour moi, l’important est que les jeunes comprennent jusqu’où l’homme est capable d’aller.” Olivier Guez à La Nación 

 

Lors de la visite de son fils à la fin de sa vie, Josef Mengele n’exprime aucun remords. Le jeune homme voyage pour la première fois au Brésil, venu y chercher des réponses : son père est-il vraiment le criminel impitoyable décrit par les médias et les mandats d’arrêt qui mettent sa tête à prix ? Alors que son fils lui demande page 167 “Et les juifs alors, qu’est-ce qu’ils t’ont fait, les juifs ?”, Josef Mengele, nostalgique, “lui désigne un gros moustique” et lui répond : “Nous allons l’écraser parce qu’il menace notre environnement et risque de nous transmettre des maladies s’il nous pique. Les juifs, c’est pareil.” Son fils ne reviendra jamais le voir et changera de nom au profit de celui de sa femme.

 

La cavale, l’exil et la paranoïa

Josef Mengele quitte le camp d’Auschwitz dix jours avant sa libération par l’Armée rouge. Il se cache dans une ferme en Allemagne puis part en Italie, à Gênes, où on lui délivre un faux passeport pour émigrer en Argentine. Il arrive dans ce pays le 22 juin 1949 sous le nom de Helmut Gregor. Aidé par des amis déjà établis à Buenos Aires, Mengele qui reste discret et prudent, s’installe dans le pays dirigé par Juan Perón. Josef Mengele développe son entreprise qui vend du matériel agricole et pratique des avortements clandestins. Il profite d’une vie confortable entouré de sa famille et de ses amis.

La belle vie dure dix ans. En 1959, Josef Mengele fuit au Paraguay, inquiété par la police argentine après le décès d’une jeune femme des suites d’un avortement. La rumeur du Mossad menace également les anciens nazis. À raison : le 20 mai 1960, Adolf Eichmann est capturé par les agents du Mossad qui le ramènent en Israël où il sera jugé pour crimes contre l’humanité et pendu.

Même s’il est naturalisé paraguayen, Josef Mengele entre dans un exil où la solitude et la paranoïa seront sa peine, à défaut de la justice des hommes. Il fuit ensuite au Brésil où il réside caché dans la ferme d’un couple d’expatriés hongrois, dans les alentours de São Paulo. Sous mandat d’arrêt, Mengele ne sort plus, terré dans la ferme où il reste grâce à l’argent que sa famille verse au couple. Il se construit un mirador et dresse une meute de chiens qu’il ne quitte plus. Il finira sa vie seul, logé dans un bungalow insalubre, malade et délaissé. Il est victime d’une attaque en 1979 alors qu’il se baigne dans l’océan, sur une plage de Bertioga. Il est enterré sous un faux nom et ses restes seront exhumés en 1985 après une opération visant à le retrouver. Ses ossements sont depuis restés à l’Institut médico-légal de São Paulo.

 

Sous la plume d’Olivier Guez

De passage en Argentine à l’occasion de La Noche de las Ideas qui s’est déroulée à Ostende et Mar del Plata, Olivier Guez a animé un échange littéraire au MALBA le mercredi 6 février, aux côtés du journaliste et écrivain argentin Juan José Becerra. L’écrivain né en 1974 et originaire de Strasbourg intervient régulièrement dans les établissements scolaires et à l’étranger, pour continuer à parler d’une histoire qui s’éloigne dans le temps et avec laquelle les jeunes n’ont désormais plus de lien direct.

Journaliste, Olivier Guez s’est plongé dans la seconde vie de Josef Mengele pour écrire ce roman biographique. Revenu sur les lieux clés où a vécu Mengele, l’auteur a cherché à s’imprégner de la topographie argentine, voyageant à Buenos Aires et à Bariloche. Il continue son chemin dans la forêt amazonienne sur les traces de la ferme brésilienne où se cachait le criminel sous un chapeau de paille. C’est un travail de recherches de trois années qui a permis l’écriture d’un roman passionnant au service de la mémoire.

 

Olivier Guez propose avec “La disparition de Josef Mengele” de retracer une histoire méconnue, celle d’un homme qui a échappé à la justice toute sa vie mais qui s’est retrouvé livré à lui-même, dans une mort à petit feu, seul, isolé et privé de son identité. Josef Mengele a assisté, pendant trente ans, à sa propre disparition.

 

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