L’entreprise du mois – ElegiMejor, le “Trivago des mutuelles”

L’entreprise du mois – ElegiMejor, le “Trivago des mutuelles”
Photographie : Jessica et Fabien, les créateurs d’ElegiMejor, dans leurs bureaux  – ElCarretero

 

Premier comparateur de mutuelle en Argentine, ElegiMejor est une jeune start-up créée en 2016. À sa tête, Fabien et Jessica, qui ont eu l’idée de mettre un peu d’ordre dans ce système compliqué qu’est l’univers de la “prepaga” en Argentine. Ils ont accepté de répondre à nos questions.

 

Bonjour Fabien et Jessica. En 2016, vous avez fondé en Argentine le premier comparateur de mutuelle, ElegiMejor. Pouvez-vous nous présenter le concept en quelques mots ? 

Fabien : Le concept, c’est orienter les personnes qui recherchent un plan de santé en Argentine. L’idée est d’orienter les gens en fonction de certains critères comme la présence d’une couverture de santé internationale, la présence de tel ou tel hôpital dans ce que l’on appelle la “cartilla” c’est-à-dire le réseau de cliniques et de médecins auquel on a accès, en général chaque plan a une cartilla bien définie. Aujourd’hui, il y a un certain nombre de prepagas qui existent et qui proposent entre deux et dix plans et qui comprennent des prestations différentes qui varient en fonction de l’âge, de l’état civil, du nombre d’enfants etc. L’idée est de proposer une plateforme qui compare tous ces plans en prenant en compte les prestations, la cartilla et le prix mensuel du plan. En deux minutes, on permet aux utilisateurs de la plateforme de comparer plus de 60 plans. Avant, les gens demandaient autour d’eux, à leurs amis, à leur famille, la recherche d’informations prenait du temps pour un résultat peu précis et sans réel enthousiasme puisque beaucoup de personnes payent pour une assurance dont ils ne sont pas vraiment satisfaits.

 

Comment est venue l’idée de créer un comparateur de mutuelle en Argentine ?

Fabien : J’ai travaillé dans l’industrie pharmaceutique pendant trois ans ici, donc j’ai beaucoup été confronté au secteur de la santé. J’ai été en contact avec les médecins, les professionnels de la santé, les hôpitaux et j’ai pu observer le secteur de l’intérieur. Je suis rentré en France cinq mois et je voulais monter un business sur Internet. Au début, je n’y connaissais rien. J’ai commencé en montant un site d’expéditions en Amazonie, ça s’appelle Gayatrek. J’ai aussi commencé à m’intéresser au SEO et la référence en France, ce sont les comparateurs de mutuelle. Il y en a vraiment beaucoup. En revenant en Argentine, j’ai eu l’occasion de revoir Jessica, que je connaissais d’un ami commun. Je lui ai parlé vaguement du projet et elle m’a recontacté la semaine suivante. Je lui en ai parlé car je cherchais un développeur et comme Jessica est ingénieur, j’ai pensé qu’elle pourrait peut-être m’aider, sans m’attendre à quelque chose particulièrement. On a commencé à se réunir, à en parler, à se renseigner et à faire une étude de marché. On a vu qu’il y avait un potentiel et on s’est lancé.

Jessica : J’étais enceinte quand Fabien m’a parlé du projet et je me suis penchée sur ma propre prepaga, je suis affiliée à celle de mon mari et je lui ai demandé pourquoi il avait choisi celle-ci et ce qu’elle contenait et il m’a dit qu’il ne savait pas vraiment. J’ai commencé à demander autour de moi, et finalement je me suis rendue compte que les gens choisissaient en fonction de la prepaga de leurs parents, de leur travail mais sans être vraiment informés et en ayant des retours négatifs sur les services.

 

Quel a été le processus de création de votre entreprise ?

Fabien : On a commencé par faire une étude de marché en questionnant nos amis et cela nous a permis de confirmer ce que l’on sentait déjà. Ensuite, on a défini nos critères, on voulait quelque chose de simple et minimaliste. Il a fallu réunir le puzzle, c’est-à-dire collecter les informations. J’ai pu me faire des contacts et recevoir petit à petit les informations des mutuelles et mettre en place des collaborations avec des commerciaux qui ont tout de suite compris l’intérêt de travailler avec moi. Il a fallu travailler avec un développeur avec qui ça ne s’est malheureusement pas bien passé, il nous a fait perdre du temps et de l’argent, on a perdu sept mois, on a dû tout recommencer. Ensuite, on été à fond sur le blog pour générer des interactions. On a beaucoup joué sur le SEO qui est très peu optimisé ici. On a généré un trafic assez important rapidement, en deux mois on était premier sur beaucoup de résultats. Cela nous a permis d’avoir un poids pour instaurer une collaboration transparente avec les prepagas. On a obtenu des rendez-vous et dans la majorité des cas on nous a dit “pourquoi pas, on va essayer.” Avec certaines mutuelles comme Médifé, cela a pris plus de temps, d’autres sont encore réticentes comme Swiss Medical. Notre but maintenant c’est de commercialiser les prepagas via notre plateforme directement, sans devoir passer par les mutuelles.

 

À quels problèmes avez-vous été confronté ?

Fabien : On s’est rendu compte que la transparence était un problème pour trouver une mutuelle. Sur les sites, il n’y a aucun prix et c’est très difficile d’avoir accès aux informations. On a été les premiers à proposer cette transparence, ça a été une petite révolution. On a commencé sans demander l’autorisation aux mutuelles pour pouvoir référencer les informations car si on le leur avait demandé, ils auraient évidemment refusé. C’était très délicat et on s’est exposé fortement à des possibles poursuites mais on a eu de la chance car ça n’a pas été le cas.

Jessica : Trouver les informations a été très long et difficile. Il a fallu se faire passer pour des clients et appeler les prepagas afin d’obtenir les tarifs et les conditions. C’était un travail presque manuel, aujourd’hui les mutuelles nous envoient directement les informations mais au début cette partie-là a été difficile. Ce qui est compliqué c’est que les prix changent en fonction de l’inflation et de la situation familiale alors quand on a terminé le processus, les premiers résultats n’étaient plus valides ! Ce qui est étonnant, c’est qu’il n’y a pas vraiment de règle ni de logique, chaque prepaga est différente. C’est assez aléatoire.

Fabien : Il y a eu des difficultés avec l’administration. Pour trouver ces informations, je me suis d’abord tourné vers la Superintendencia de Salud en pensant qu’ils pourraient m’orienter. Mais on m’a renvoyé vers le ministère, puis le ministère m’a renvoyé vers la Superintendencia de Salud. Finalement, personne n’avait vraiment d’informations. L’équipe de cette administration change souvent ce qui ne permet pas de mettre en place une stratégie à long terme et cela rend ce genre de dossiers compliqués et archaïques. C’est très drôle car aujourd’hui, ils consultent notre plateforme tous les jours. Ils considèrent, selon leurs propres termes, que ElegiMejor est le seul registre fiable des prestations et des prix des prepagas en Argentine.

 

Comment s’est passé le lancement du site et quelle a été sa marge d’évolution ?

Fabien : Le lancement du site s’est passé normalement. Ce qui était très délicat, c’est qu’on ne savait pas quelle serait la réaction des prepagas. Et même si ce que l’on présentait était accessible à tout le monde, on aurait pu avoir des problèmes. On avait un peu peur de ça. On est entré sur le marché lentement mais sûrement, en étant attentif aux réactions. Par exemple, nous avons rapidement enlevé les plans d’une prepaga qui avait manifesté son mécontentement. Le moment où on a reçu le mail d’Omint qui nous demandait un rendez-vous, ça a été très émotionnel. Je m’en souviens très bien, je me suis dis que c’était le résultat de tout ce travail. Cela voulait dire qu’ils avaient compris l’intérêt de notre projet, ce qui n’était pas forcément évident au début.

 

Qui fait partie de l’équipe d’ElegiMejor et comment s’organise la division des tâches au sein de l’équipe ?

Fabien : Je m’occupe plutôt du côté commercial, rendez-vous. Jess c’est beaucoup la partie technique et technologique. On est très complémentaire. On a eu de la chance de se rencontrer. Aujourd’hui, nous avons deux employés : un commercial qui s’occupe de vendre les plans de AcaSalud que nous pouvons commercialiser depuis quelques semaines et une standardiste qui s’occupe d’appeler les personnes inscrites sur le site. Les personnes qui s’inscrivent, nous les appelons pour leur proposer un accompagnement gratuit pour les orienter vers la mutuelle qui leur correspond.

Jessica : Fabien s’occupe aussi beaucoup du management. Je m’occupe du front-end, de l’administratif, des contacts avec le comptable, du côté financier, de la facturation. Après c’est comme toute start-up, on fait tout. On fait de tout tous les deux.

 

C’est quoi une journée type à ElegiMejor ?

Jessica : Il n’y en a pas… Ça dépend de ce qu’il faut faire. Si une personne est malade ou en vacances, il faut s’occuper de la remplacer. Il n’y a pas de journée type et c’est ce qui donne envie de monter la start-up car on fait le travail de tout le monde et il n’y a pas de routine.

Fabien : Il y a toujours beaucoup de choses à gérer, ça dépend du moment du mois. Au début du mois, c’est le moment de facturer. Mais en ce moment, ça change tout le temps puisqu’on évolue. Lundi prochain, il y a deux personnes en plus qui arrivent, il faut gérer ça, il a fallu chercher des gens, les rencontrer. Il faut penser à développer le site, à le faire évoluer etc.

 

Quelle est votre “French Touch” ?

Jessica : Je pense que c’est l’honnêteté. On a toujours été honnête et transparent. Cela a joué sur le fait que les mutuelles nous ont fait confiance et qu’ils ont voulu travailler avec nous. On n’a jamais privilégié une entreprise ou un plan. On ne veut pas faire de publicité sur le site. Notre but est d’aider les gens à améliorer leur expérience.

Fabien : On a toujours fait ce qu’on a dit qu’on allait faire. On est resté sur notre vision. La French Touch c’est aussi une certaine vision notamment sur l’utilisation d’Internet, sur la technologie. Notre objectif est que les gens puissent payer un plan en ligne : c’est une vision qu’on a depuis le début. On nous disait que ça ne marcherait jamais et finalement aujourd’hui, ça arrive.

 

Quelles sont vos perspectives de développement pour l’avenir ?

Fabien : Notre objectif est de commercialiser toutes les prepagas que nous proposons sur la plateforme. Aujourd’hui, nous le faisons avec les plans de AcaSalud et on pense pouvoir le faire avec quatre ou cinq autres mutuelles d’ici quelques mois. Nous voulons vraiment être une plateforme incontournable pour n’importe quelle personne qui recherche des informations et une mutuelle en Argentine.

 

Quel conseil pourriez-vous donner aux jeunes entrepreneurs de l’écosystème franco-argentin ?

Fabien : Il y a souvent une erreur qui est faite qui est de penser que ce qui fonctionne à l’étranger fonctionnera ici. Un bon exemple serait BlaBlaCar. Le co-voiturage cartonne en Europe mais ne marche pas du tout en Argentine. Culturellement, il y a un problème de sécurité qui n’est pas compatible avec cet exemple. Beaucoup de choses peuvent fonctionner mais ce n’est pas une vérité. Ma recommandation est assez basique : faire une petite étude de marché de manière objective. Il faut savoir aussi que la partie administrative peut prendre beaucoup de temps. Il ne faut pas hésiter à investir et à payer des personnes compétentes pour faire ce genre de démarches plus rapidement pour ne pas perdre de temps. Il faut bien s’entourer, se faire conseiller, ne pas arriver en conquérant, il y a une manière de fonctionner très spécifique en Argentine à laquelle il faut s’adapter.

 

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