Le grand débat national, à la recherche de la démocratie perdue

Le grand débat national, à la recherche de la démocratie perdue
Illustration : Image officielle du Grand débat national

 

Le grand débat national a débuté le 15 janvier dernier. Cette initiative du gouvernement français intervient en réponse au mouvement des “Gilets Jaunes” qui se rassemblent tous les samedis depuis le 17 novembre. Une hausse du prix des carburants est à l’origine de ce mouvement social inédit qui bouleverse l’ordre social et qui met en lumière une crise démocratique qui sommeille depuis plusieurs années en France.

 

Le Grand débat, c’est quoi ?

Le grand débat national prend forme sur une plateforme numérique mise en place par le gouvernement. Le but est de consulter les citoyens français sur quatre thématiques : la transition écologique, la fiscalité et les dépenses publiques, la démocratie et la citoyenneté et l’organisation de l’Etat et des services publics. Le débat se déroulera jusqu’au 15 mars 2019, date jusqu’à laquelle le président Emmanuel Macron participe au débat aux côtés des maires, des représentants des collectivités territoriales et des citoyens.

À ce titre, le chef de l’Etat s’est rendu à Grand-Bourgtheroulde (Eure), à Souillac (Lot), à Valence et Bourg-de-Péage (Drôme), a accueilli à l’Elysée une centaine d’élus d’Outre-Mer, a animé un débat citoyen à Evry-Courcouronnes (Essonne) et un échange avec des jeunes à Autun (Saône-et-Loire). Emmanuel Macron se rendra cette semaine dans la région Centre-Val de Loire (Gargilesse-Dampierre et Déols), un territoire rural particulièrement concerné par des sujets difficiles tels que l’agriculture ou la raréfaction des services publics dans les zones rurales.

 

Un débat concurrent et de nombreuses critiques

Le débat national est cependant contesté et ce depuis son commencement : Chantal Jouanno, désignée pour l’organiser, a du démissionner quelques jours avant le début du débat après une polémique sur son salaire. Dans les jours qui ont suivi le lancement du débat national, un collectif de gilets jaunes qui le rejette, ont créé leur propre plateforme de débat, “Le Vrai Débat“. Cette organisation est en désaccord avec le débat du gouvernement, s’opposant à la limitation des quatre thèmes imposés et remettant en question la partialité de ce débat qui n’est plus, depuis la démission de Chantal Jouanno, piloté par la Commission Nationale du Débat Public (CNDP). 

 

“En excluant la CNDP, RIEN ne peut garantir tous les principes d’un débat sain. (Avec) la sortie de cette plateforme LE VRAI DÉBAT prend tout son sens.”

 

Les représentants politiques de l’opposition s’expriment également en défaveur de ce débat national, critiquant sa forme, reprochant au président d’accaparer la parole, de profiter de cette période pour faire passer des mesures d’austérité ou encore d’être en campagne électorale déguisée en vue du scrutin du 26 mai pour les élections européennes. Pour le leader de La France Insoumise Jean-Luc Mélenchon, ce grand débat “est une supercherie” qu’il “ne cautionne pas”. Le Premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure, explique que son parti “participe au grand débat” même s’il “n’est pas dupe des intentions du pouvoir”.

Du côté des Républicains, Geoffroy Didier déplore “qu’Emmanuel Macron ne (puisse) pas s’empêcher de transformer le débat en monologue.” Pour Marine Le Pen, Présidente du Rassemblement National, “ce débat est un faux débat (…) avec des gens choisis.” Accusé de mener une campagne déguisée à l’approche des élections européennes de mai 2019, le président continue de mener le débat à travers le pays. Il reste pour le moment difficile d’en connaître l’issue et de savoir quelles seront les mesures concrètes que prendra l’exécutif.

 

L’initiative dépasse les frontières

Comme nous vous l’avions annoncé au mois de janvier, le grand débat national est une initiative qu’il est possible d’étendre à l’étranger. De fait, plusieurs réunions ont déjà été organisées dans différents pays, comme l’Espagne, la Turquie ou encore Singapour. Pour organiser une réunion, il faut la déclarer sur le site du grand débat. Le formulaire d’inscription demande aux organisateurs de choisir les thèmes sur lesquels portera la réunion, ainsi que les lieux et horaires de cette dernière.

Certains citoyens ne sont pourtant pas enthousiastes à l’idée de créer une réunion à Buenos Aires et ont choisi d’organiser un rassemblement devant l’Ambassade de France en soutien des “Gilets Jaunes”. Ce rassemblement aura lieu le samedi 23 février à 14h. Il est possible d’en savoir plus via l’évènement Facebook.

 

C’est dans une ambiance confuse que se tient ce grand débat, où chacun s’exprime et fait part de ses revendications en vue d’améliorer l’exercice de la démocratie en France. Cela nous rappelle que la politique est non seulement l’affaire de tous, mais aussi en perpétuel mouvement et qu’il serait dangereux de considérer un système comme acquis. Nous conclurons sur une citation d’Albert Camus, pour penser : “La démocratie ce n’est pas la loi de la majorité, mais la protection de la minorité.”

 

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