Juan Guaidó, un retour au pays sous haute tension

Juan Guaidó, un retour au pays sous haute tension
Photographie : Juan Guaidó et son épouse le 2 février, lors d’une manifestation pour protester contre Nicolás Maduro – Alex abello Leiva, Wikimedia Commons

Le billet du Mercosur

 

Le chef de l’opposition et président par intérim autoproclamé du Venezuela, Juan Guaidó, a atterri à l’aéroport de Maiquetía près de Caracas le lundi 4 mars 2019, après un long voyage initié le 22 février dernier. Passé par la Colombie, le Brésil, le Paraguay, l’Argentine et l’Équateur, l’opposant de 35 ans rentre au Venezuela où il appelle à de nouvelles manifestations massives à Caracas. C’est un nouveau bras de fer qui s’ouvre avec le président Nicolás Maduro, qui pourrait ordonner l’arrestation de M.Guaidó sous peine de représailles de la part de la communauté internationale.

 

Juan Guaidó avait quitté clandestinement le Venezuela fin février, allant à l’encontre de l’interdiction de sortir du territoire émise à son encontre par le Tribunal Suprême. Le président de l’Assemblée nationale a été accueilli par une délégation composée des ambassadeurs des pays alliés à sa cause ainsi que James Story, chargé d’affaires des États-Unis au Venezuela. Juan Guaidó avait prêté serment et s’était autoproclamé président par intérim du Venezuela le 23 janvier 2019. Cette proclamation avait été reconnue par de nombreux pays du continent et du monde entier. Le président par intérim a depuis comme objectif de mettre en place un gouvernement de transition au Venezuela et d’organiser des élections libres. Ces évènements interviennent alors que le second mandat considéré comme illégitime du président Nicolás Maduro a débuté le 10 janvier 2019. Juan Guaidó a commencé son voyage à Cúcuta en Colombie, où il avait tenté de faire entrer l’aide humanitaire internationale au Venezuela. Les forces armées vénézuéliennes en bloquent encore aujourd’hui l’acheminement.

 

Reconnu par une cinquantaine de pays, Juan Guaidó est venu chercher le soutien des pays voisins à l’occasion de plusieurs visites où il a été accueilli en tant que chef d’Etat. Le président de la Colombie, Iván Duque, avait ré-affirmé sa posture et celle du Groupe de Lima en déclarant qu’il y avait “une réelle détermination pour atteindre la paix au Venezuela”, à l’occasion d’une conférence de presse le 25 février. Le 28 février, M.Guaidó a rencontré le président brésilien Jair Bolsonaro, qui défend une position claire contre le régime de Nicolás Maduro, n’excluant pas une intervention militaire dans le pays. Le 1er mars, c’est à l’occasion d’une rencontre avec le président du Paraguay, Mario Abdo Benítez, que le Paraguay s’est engagé à reconnaître les passeports expirés des citoyens vénézuéliens dans le pays. Mauricio Macri, président de l’Argentine, a accueilli son homologue à la Quinta de Olivos le 1er mars, lamentant le non-respect du gouvernement chaviste “de la démocratie et des droits de l’homme.” Le tour d’Amérique latine s’est terminé en Équateur où il a été accueilli par le président Lenín Moreno, content d’avoir pu partager “l’esprit de dialogue, de démocratie et de liberté qui existe aujourd’hui en Équateur.” 

 

Voici la conférence de presse donnée par M.Guaidó après sa rencontre avec le président argentin, Mauricio Macri :

 

 

Pour l’heure, il semble que Juan Guaidó n’ait pas été arrêté grâce à un “parapluie diplomatique”, selon DW Español. Nicolás Maduro se trouve dans un dilemme sérieux : s’il arrête son opposant, il pourrait s’attirer les foudres d’une communauté internationale qui l’a déjà largement prévenu de ne pas aller à l’encontre de la sécurité du chef de l’opposition. S’il ne l’arrête pas, son autorité sera sérieusement remise en cause et son gouvernement commencera à montrer une forme de faiblesse face à la pression internationale. Le vice-président américain, Mike Pence, a notamment avisé que « Les Etats-Unis attachent la plus grande importance au retour au Venezuela de Juan Guaidó en toute sécurité », point de vue confirmé par l’Union européenne : « Toute atteinte à la liberté, la sécurité ou l’intégrité personnelle de Juan Guaido constituerait une escalade des tensions et serait fortement condamnée. », selon le journal Le Monde.

 

L’ancien Ministre des Affaires étrangères Dominique de Villepin a mis en garde sur France Inter contre « le risque d’un bain de sang. » L’ancien diplomate évoque en effet les conséquences « catastrophiques » qu’aurait une intervention militaire au Venezuela. « Nous devons éviter cette logique de confrontation (…) Trump joue avec les mots et avec le feu, j’ai vécu au Venezuela et je connais l’immense allergie des Venezueliens à toute ingérence américaine. » Dominique de Villepin rappelle que la situation n’est pas aussi simple et que « nous avons fait le même pari sur la Syrie et des années plus tard, c’est Bachar el-Assad qui est toujours au pouvoir. » L’homme politique estime que la France a un réel rôle de médiateur à jouer dans cette crise, tout comme l’Europe. Une issue pacifique à la crise vénézuélienne est également défendue par le gouvernement de M.Macri, qui n’est pas favorable, contrairement à ses homologues brésilien et américain, à une intervention militaire à Caracas.

 

Il reste très difficile de prédire la suite des évènements au Venezuela. On pourrait penser que l’épilogue est proche, mais les risques de violence sont bien là. Juan Guaidó appelle à nouveau la population à manifester contre le gouvernement le samedi 9 mars. Les manifestations du mois de janvier avaient causé la mort de 40 personnes selon l’ONU et conduit à l’arrestation de plus de 850 personnes. Depuis le début de la crise politique au Venezuela, ce sont plus de deux millions de personnes qui ont fui le pays.

 

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