Flybondi et JetSmart, le pari du low cost en Amérique du Sud

Flybondi et JetSmart, le pari du low cost en Amérique du Sud
Photographie : Un Boeing 737 de la low cost Flybondi sur le tarmac de l’aéroport El Palomar – ElCarretero

 

Flybondi, Norwegian, Jetsmart, voici la fin des voyages en bus interminables sur les routes de l’Argentine. L’ère du “bondi” volant s’installe dans le pays depuis quelques années. Ces jeunes compagnies aériennes, qui basent leur stratégie commerciale sur le modèle du low-cost européen (Easyjet, Ryanair etc), défient tous tarifs : elles proposent en effet des billets à partir de 1 peso argentin. Une folie pour ce pays gigantesque où voyager a toujours coûté cher.

 

Un petit retour en arrière 

Le 10 février, la compagnie Flybondi a frappé fort : sur son compte Twitter, elle annonce la mise en vente de billets d’avion à partir de 1 peso, hors taxes. Ces billets sont limités, proposés pour l’hiver 2019. Depuis le 12 février, JetSmart propose la même chose : la compagnie aurait vendu plus de 54 000 billets en à peine 24h. Pour être plus attractive, la compagnie chilienne a décidé de prendre en charge les taxes aéroportuaires.

Flybondi a obtenu son autorisation de vol le 26 juin 2017. Fondée en 2016, la compagnie effectue son premier vol commercial le 26 janvier 2018, il y a tout juste un an. L’aéroport militaire El Palomar, à une trentaine de kilomètres à l’ouest de Buenos Aires, devient la base principale de Flybondi, qui prend comme bases secondaires les aéroports de Córdoba et Rosario. Malgré un certain nombre de problèmes techniques survenus lors de sa première année, la compagnie se développe, disposant d’une flotte de cinq Boeing 737-800 qui font la navette entre une quinzaine de destinations. Les avis divergent au sujet de cette compagnie : certains passagers rapportent une expérience positive aux côtés d’un personnel de bord accueillant tandis que d’autres considèrent que la compagnie ne respecte pas ses horaires et vole dans des avions trop vieux.

JetSmart est une compagnie plus jeune que Flybondi qui commencera à opérer en Argentine à partir du 10 avril. Fondée le 3 février 2017, elle reçoit son autorisation de vol au mois de juin de la même année. L’aéroport international Comodoro Arturo Merino Benítez de Santiago du Chili est sa base principale. Sa flotte est constituée de huit Airbus A320-200 opérant sur onze destinations en Argentine. La compagnie propose également des vols reliant Santiago du Chili au Pérou. JetSmart se différencie de Flybondi par l’âge de ses avions qui sont beaucoup plus jeunes : selon le site airfleets.es, il est en moyenne de 0,9 ans contre 15,1 ans pour sa concurrente. La compagnie travaille actuellement à l’acquisition de deux nouveaux avions, un AirBus A320neo pour 2019 et un AirBus A321neo pour 2021.

 

Stratégie commerciale et rentabilité

D’un point de vue commercial, Flybondi opte pour une stratégie marketing particulièrement intéressante. Jaune flash, le grand dessinateur Costhanzo au design et faisant appel aux éléments culturels les plus importants de l’Argentine (asado, dulce de leche, noms des animaux de compagnie donnés aux avions), Flybondi concurrence directement la compagnie nationale Aerolíneas  Argentinas. La compagnie a tout de suite cassé les prix du marché du transport. Entrée en force dans un secteur encore peu ouvert aux entreprises, la compagnie aérienne s’impose petit à petit. L’objectif de Flybondi est de couvrir complètement le territoire argentin en proposant des routes qui n’obligent pas les passagers à passer par Buenos Aires.

Un projet de vol reliant Buenos Aires aux Iles Malvines a été approuvé par le gouvernement argentin qui doit attendre le feu vert des Britanniques. La compagnie a obtenu au mois de décembre l’autorisation d’ouvrir 284 nouvelles routes, dont plusieurs à destination du Brésil et du Chili. Flybondi a pu également tirer profit de la crise économique de 2018 : le tourisme intra-Argentine a été favorisé par rapport aux voyages à l’étranger, devenus trop chers. Selon le journal Clarin, le pays a connu une baisse de 17,3% sur les voyages à l’étranger au dernier trimestre 2018.  À l’inverse, l’Argentine a accueilli plus de touristes, attirés par le taux intéressant du dollar.

JetSmart fait partie du groupe américain Indigo Partners qui contrôle trois autres compagnies aériennes, Frontier Airlines aux États-Unis, Volaris au Mexique et Wizz Air en Hongrie. Cette compagnie souhaite donc devenir un leader du low cost en Amérique du Sud. Opérant au Chili, au Pérou et maintenant en Argentine, elle égale sa concurrente sur le nombre de pays desservis, Flybondi opérant en effet en Uruguay et au Paraguay (Asunción et Punta del Este). JetSmart aimerait compléter sa feuille de routes en proposant des vols jusqu’au Brésil, en Bolivie, au Paraguay et en Uruguay. Malgré un avis consommateur qui n’est pas forcément meilleur que Flybondi, cette compagnie aérienne peut jouer sur une flotte neuve, plus engageante sur le critère de la sécurité.

Mais comment ces compagnies font-elles pour être rentables en bradant autant le tarif des billets ? Dans un premier temps, les compagnies à bas coût optent pour une flotte uniforme constituée des mêmes modèles d’avions (c’est le cas de JetSmart et Flybondi), qui sont dans certains cas utilisés en leasing, c’est-à-dire en location. Pour faire face aux exigences de rentabilité, les avions doivent voler le plus possible. Certaines compagnies optent pour des avions très jeunes afin de limiter les coûts liés à la maintenance. Le personnel de bord reçoit un salaire plus faible que dans des compagnies traditionnelles et effectue les vols aller et retour afin de limiter les dépenses annexes. Les passagers payent tous les services additionnels, comme c’est le cas pour la compagnie Norwegian, dont le prix du billet n’inclut ni valise en soute ni repas dans ses vols internationaux. Tout cela intervient dans une volonté de réduire le poids des avions et donc l’approvisionnement en kérosène, qui est la ressource la plus chère pour la compagnie.

 

La question centrale de ce mode de fonctionnement relativement nouveau est celle de la sécurité. Cependant, il semble que les compagnies low cost soient aussi sécurisées que les autres, puisqu’aucun accident majeur n’a été répertorié. L’arrivée sur le marché du transport argentin de compagnies à bas coût permet à la population et aux voyageurs de découvrir le pays facilement, pour un tarif bas en un temps diminué. Buenos Aires-Jujuy, 24h de bus contre 1h30 d’avion, ça change tout de même la donne.

 

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