Focus – Lewis Hine, le père de la photographie documentaire au Centre Culturel Borges

Focus – Lewis Hine, le père de la photographie documentaire au Centre Culturel Borges
Image : Centre Culturel Borges

 

Lutter contre le travail des enfants, montrer les conditions de vie des immigrés fraîchement débarqués à Ellis Island, suivre l’ascension de ce qui serait pour quelques temps la plus grande tour du monde, l’Empire State Building, telle fut la vie de Lewis Hine. Le Centre Culturel Borges rend hommage au père de la photographie sociale. Inaugurée le jeudi 20 décembre 2018, l’exposition nous plonge dans les États-Unis de la première moitié du XXème siècle, à l’époque où l’on photographiait encore avec une caméra soutenue sur un trépied de 25 kilos.

 

Un sociologue devenu artiste

Lewis Hine est né le 26 septembre 1874 à Oshkosh, dans l’état du Wisconsin (USA). Il passe plusieurs années de son enfance à l’étranger (Costa Rica et Egypte), puis à New York. Ses parents retournent ensuite dans sa ville natale pour ouvrir un restaurant. En 1892, son père décède brusquement dans un accident de voiture et il est contraint de travailler pour pouvoir subvenir aux besoins de sa famille. Il exerce différents métiers tels que déménageur, employé de banque ou contrôleur dans une entreprise de nettoyage. Il travaille 13 heures par jours, 6 jours sur 7 et gagne une misère, 4$ par semaine. Il reprend ensuite ses études pour sortir de la pauvreté et étudie la sténographie, le dessin, la sculpture et opte finalement pour la sociologie, discipline dont il est diplômé d’une maîtrise à l’université de Columbia.

Son intérêt pour la photographie se révèle particulièrement en 1904, année durant laquelle Lewis Hine entreprend le projet “Ellis Island Project”. Il photographie les étrangers qui débarquent à Ellis Island et montre les conditions difficiles dans lesquelles ces migrations se déroulent. Il sait que l’avenir qui attend ces personnes s’appelle la misère.

En août 1908, Lewis Hine quitte l’enseignement pour se consacrer à la photographie. Il comprend que ce média peut devenir un outil pour lutter contre les injustices sociales. Il s’engage auprès du “National Child Labour Committee” dans ce qui sera certainement le projet de sa vie : lutter contre le travail des enfants aux États-Unis. Il réalise des reportages montrant le travail des enfants dans des usines de verre et des ateliers de vanneries. Il voyage partout dans le pays et s’intéresse dans les années suivantes aux enfants employés dans des filatures de textile, dans les mines, dans des fabriques de produits alimentaires ou travaillant comme distributeurs de journaux.

 

Un genre nouveau, le documentaire social

Parmi les reportages notables de Lewis Hine, on compte son travail photographique réalisé sur le chantier de construction de l’Empire State Building. “Men at work”, exposé en 1932, est peut-être la série la plus aboutie du photographe qui rassemble ses clichés montrant des ouvriers au travail. C’est avec un équilibre entre un oeil artiste et l’autre sociologue que Lewis Hine montre le labeur de ceux que l’on ne considère pas. Liant courbes du corps et apreté de la machine, ses photographies montrent la poésie d’un quotidien harassant et peu valorisé.

Il n’hésite pas à se faufiler lorsque l’accès à un lieu lui est interdit. Il photographie contre la volonté des patrons, en usurpant son identité se faisant passer pour un inspecteur de police, un employé ou un contrôleur. Lorsqu’il ne peut vraiment pas entrer, il photographie les enfants à la sortie de l’usine.

Dans la lignée de précurseurs tels que Thomas Annan et Jacob Riis, Lewis Hine ouvre la porte à la photographie sociale. Il est l’un des premiers à utiliser la photographie comme un outil documentaire.

 

“Si je pouvais raconter l’histoire avec des mots, je n’aurais pas besoin de trimbaler un appareil photographique.”

 

 

Écarté du “Farm Security Administration” au profit d’autres photographes tels que Walker Evans ou Dorothea Lange, Lewis Hine finira sa vie endetté et avec peu de ressources. Lewis Hine subit les conséquences de la Grande Dépression. En 1939, la photographe Berenice Abbott et la journaliste Elizabeth McCausland lui organisent une rétrospective au Riverside Muséum de New-York. Le photographe s’éteint le 3 novembre 1940, à 66 ans, des suites d’une opération.

 

L’exposition “Lewis Hine : La Fotografía como crítica social” est donc la grande rétrospective de l’été. Rendez-vous au Centre Culturel Borges, pour un parcours en noir et blanc qui nous fait réfléchir sur une histoire qui a 100 ans mais qui nous amène aussi à porter un regard humain sur notre propre environnement social. Une petite touche d’humanisme pour commencer l’année 2019.

 

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