Le temps de l’épilogue pour le Venezuela ?

Le temps de l’épilogue pour le Venezuela ?

 

Le billet du Mercosur 

 

Depuis le 23 janvier 2019, le Venezuela retient son souffle. Divisé en deux blocs qui dépassent largement ses frontières, l’issue de la crise de ce pays qui a vu sa population se vider (plus de 2 millions de personnes ont fui depuis 2015) est encore incertaine. Juan Guaidó, président de l’Assemblée Nationale, s’est “autoproclamé” président par intérim du Venezuela, ne reconnaissant pas la légitimité de Nicolás Maduro récemment investi pour un second mandat depuis le 10 janvier. La communauté internationale ne s’accorde pas sur l’identité du mandataire officiel d’un pays qui dispose des plus importantes réserves pétrolières du monde et qui se retrouve coincé sous les projecteurs de la géopolitique internationale.

 

Ce lundi, c’est un nouveau rebondissement dans cette crise politique. En effet, les pays européens avaient posé un ultimatum au gouvernement de Nicolás Maduro : si ce dernier n’organisait pas de nouvelles élections libres avant le lundi 4 février, alors la communauté européenne reconnaîtrait comme légitime Juan Guaidó à la présidence par intérim de la République bolivarienne du Venezuela. Certains gouvernements comme ceux de l’Italie, la Grèce, la Belgique, l’Irlande, Chypre et la Slovaquie ont annoncé ne pas soutenir cette initiative. Les États-Unis défendent Juan Guaidó depuis le 23 janvier mais des puissances telles que la Russie ou la Chine ont, au contraire, réaffirmé leur soutien au gouvernement chaviste. La carte du monde se divise mais les pays du Mercosur maintiennent leur cohérence politique, notamment depuis la récente rencontre bilatérale entre Jair Bolsonaro et Mauricio Macri.

 

À l’origine des dissidences, l’élection présidentielle de mai 2018 : accusé de fraude, Nicolás Maduro et sa légitimité font débat. Aujourd’hui, la principale interrogation est de savoir si cette crise politique pourra se résoudre de manière pacifique de façon à éviter le “bain de sang” que craint le pape François. Quelques dizaines de personnes ont déjà été tuées en marge des manifestations organisées à Caracas pour manifester contre le gouvernement, soutenu par les militaires. Le chef de l’exécutif dénonce “une tentative de coup d’État” soutenue par les États-Unis. C’est un rapport de force extrêmement polarisé qui se joue entre les deux camps, tous deux soutenus par des puissances internationales de premier plan et qui met en jeu non pas seulement l’avenir du peuple vénézuélien mais celui d’un territoire, de sa sécurité et de sa souveraineté. Pour régler la crise, il faudrait réussir à mettre en oeuvre des négociations entre les deux parties. La perspective d’un dialogue politique reste bancale.

 

Selon Andreína Mujica, “Juan Guaidó ne s’est (…) pas auto-proclamé, il a tout simplement prêté serment, en tant que personne en charge du Venezuela.” (Tribune dans le journal Le Point – 30/01/2019)

 

 

Au micro de France Inter dans la matinale du 4 février, le Ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a mis en évidence l’importance d’organiser de nouvelles élections pour sortir de la crise : “Il est nécessaire de sortir de cette crise par une élection qui soit complètement légitime et qui soit complètement vérifiée, l’élection présidentielle parce que c’est un régime présidentiel.” La France, l’Espagne, la Grande-Bretagne, la Suède et l’Allemagne ont en effet reconnu comme président par intérim Juan Guaidó, qui dispose ainsi d’une trentaine de jours pour organiser les élections anticipées. De son côté, la Russie “dénonce une ingérence directe” et le leader de la France Insoumise, Jean-Luc Mélenchon, écrit sur Twitter que “Ce n’est pas la France qui soutient les putschistes au Venezuela. C’est seulement Macron. Résistez ! Avec L’ONU nous disons Nicolas Maduro est le président du Venezuela. Paix et liberté pour le Venezuela !” Même si un grand nombre de pays s’accordent sur la nécessité d’organiser de nouvelles élections au Venezuela, nombreux sont ceux qui restent neutres ou qui s’opposent à la destitution de Nicolás Maduro. Ces divisions bloquent l’adoption d’une politique commune de l’Union européenne.

 

L’armée est le point clé de ce conflit. Si cette crise préoccupe autant, c’est parce qu’elle est un point de tension et de désaccords sensibles qui rappellent tristement la Syrie. La cheffe de la diplomatie européenne Federica Mogherini et le président uruguayen Tabare Vazquez ont annoncé que l’Union européenne et l’Uruguay convoquent le 7 février à Montevideo la première réunion de contact diplomatique afin de tenter de trouver “une solution pacifique et démocratique” à la crise vénézuélienne. Il est nécessaire de trouver un point d’entente pacifique afin d’éviter de sombrer dans une guerre civile qui pourrait déstabiliser le continent et le monde entier. Malgré la reconnaissance de Juan Guaidó par certains militaires hauts placés, le contrôle de l’armée, qui continue à lui prêter allégeance, reste fondamental pour Nicolás Maduro.

 

Les deux camps se sont opposés dans les rues de Caracas le samedi 2 février, date d’anniversaire de la Révolution bolivarienne menée par Hugo Chávez à la fin des années 90. Même si l’issue de cette crise politique est encore absolument incertaine dans un contexte où l’économie du pays est détruite (10 000 000% d’inflation prévue pour 2019 selon le FMI), il semble que le Venezuela touche le point de non-retour. Les manifestations ont repris ces dernières semaines, dans la répression. Les grandes puissances internationales s’affrontent à coup de tweets diplomatiques, mais toutes semblent concorder malgré quelques impatients : la crise doit se régler pacifiquement, sinon le monde risque de connaître un conflit désastreux. À grand-peine, ceux qui ont le moins leur mot à dire sont les principaux intéressés, à savoir les citoyens.

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *