Les universitaires se rassemblent entre le Congrès et la Plaza de Mayo pour défendre l’éducation publique

Les universitaires se rassemblent entre le Congrès et la Plaza de Mayo pour défendre l’éducation publique

Professeurs, étudiants, syndicats ou simples défenseurs du droit à l’enseignement gratuit pour tous se mobilisent à Buenos Aires et partout en Argentine en faveur d’une restructuration du budget de l’éducation publique.

Ce jeudi de grisaille clôture la dernière semaine du mois d’août dans la tension et l’inquiétude. Et c’est dans cette même ambiance que celui-ci avait commencé, en plein débat sur la légalisation de l’avortement finalement refusé par le Sénat lors du vote du mercredi 8 août. L’ancienne présidente Cristina Fernández de Kirchner a vu trois de ses propriétés perquisitionnées dans le cadre de l’affaire des “cahiers de la corruption”, scandale qui alimente la presse depuis mi-août. Depuis hier, le peso argentin connaît une nouvelle vague de dépréciation sans précédent après que le dollar ait dépassé la barre symbolique des 40$ en début d’après-midi à la BNRA. De quoi accentuer les inquiétudes des professeurs et étudiants du secteur publique en grève depuis trois semaines et qui viennent manifester dans les rues de Buenos Aires à partir de 17h, allant du Congrès de la Nation jusqu’à la Plaza de Mayo, pour protester contre le réajustement du budget de l’université publique et la dévaluation des salaires des enseignants. À l’image de cette journée, c’est sous la pluie que les manifestants iront jusqu’à la Casa Rosada.

Les professeurs de 57 universités publiques nationales entrent dans la quatrième semaine de la grève initiée le 6 août dernier contre le réajustement du budget de l’éducation publique. Buenos Aires et les grandes villes d’Argentine sont témoins ce jeudi de marches organisées pour défendre l’université publique, réclamer une augmentation du salaire des enseignants et refuser la baisse du budget attribué aux universités publiques. Ce mouvement intervient en réponse à la proposition du Ministère de l’Éducation d’augmenter les salaires de 15% alors que l’inflation prévisionnelle oscille entre 20 et 32%, selon les différentes sources. Cette proposition n’est que la moitié que ce que revendiquent les grévistes, c’est-à-dire une augmentation de 30%. 190 000 professeurs et plus d’un million d’étudiants seraient concernés selon le syndicat de l’Université de Buenos Aires (Feduba). Malgré les négociations entre les syndicats et le gouvernement, aucun accord satisfaisant n’a pu être trouvé et les grévistes ont annoncé que la grève serait prolongée jusqu’au 1er septembre. Le gouvernement a annoncé au début de l’année scolaire une baisse du budget pour l’université publique de 3000 millions de pesos, ce qui handicape sérieusement les universités publiques pour financer l’amélioration de leurs infrastructures, les coûts de gestion et de maintenance et les bourses étudiantes.

Des grévistes de la Confederación de Trabajadores de la Educación brandissent une banderole en défense de l’éducation publique à l’occasion de la marche du 30 août 2018 – Congreso de la Nación, Buenos Aires

Cette grève s’est déjà caractérisée par la non-reprise des cours à la fin des vacances d’hiver et par des manifestations. Certains professeurs ont choisi de faire cours dehors et même à la Plaza de Mayo. La situation entre les six syndicats universitaires -CONADU, CONADU HISTORICA, FEDUN, CTERA, UDA, FAGDUT- et le gouvernement s’est détériorée à mesure que se déprécie la monnaie. Le gouvernement a proposé plusieurs augmentations salariales pour la période mars-août mais toutes ont été refusées car jugées trop faibles par rapport au taux d’inflation. Un des facteurs principaux de cette crise concerne le calcul des budgets et leur application qui ne sont pas synchronisés. Les budgets sont votés au mois de septembre pour l’année suivante et les financements sont attribués aux universités en plusieurs fois. Les établissements reçoivent leurs subventions en décalé. Le recteur de l’Universidad de Hurlingham explique au journal Infobae que la moitié des financements correspondants aux mois de février, mars, avril et mai ont été reçus au mois de juillet mais les sommes reçues n’ont pas été recalculées en fonction de l’inflation alors que les coûts réels que doit engendrer l’établissement sont engagés dans une économie en temps réel. En 2016, des manifestations avaient déjà eu lieu pour protester contre le non ajustement des budgets par rapport à l’inflation. Les budgets théoriques de l’éducation publique ne correspondent pas aux subventions réelles reçues par les établissements. Les professeurs voient leurs salaires perdre de la valeur chaque jour.

Le Ministre de l’Éucation, Alejandro Finocchiaro, a accusé l’extrême-gauche de mener une politique de désinformation au sujet du financement des établissements publiques. Il s’est exprimé au micro de la radio La Red en début de semaine en affirmant qu’avec “un budget de 51000 millions de pesos pour le secteur universitaire (en 2016), il y a eu une augmentation de 105% contre 95% d’inflation.” Le budget de cette année serait de 103000 millions de pesos.

Le plus difficile reste de pouvoir s’appuyer sur des chiffres fiables correspondant à la réalité économique qui se vit en Argentine. C’est d’autant plus vrai depuis que le pays s’enlise dans une période d’instabilité économique due au prêt accordé par le FMI,  et aux conséquences encore incertaines.

 

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