Danse – Le tango porteño ou l’histoire d’une passion bien vivante

Danse – Le tango porteño ou l’histoire d’une passion bien vivante
Photographie : Le Caminito à La Boca – ElCarretero

 

Véritable oeuvre d’art de la culture portègne et argentine, le tango se danse encore aujourd’hui dans les milongas de Buenos Aires, aux coins de la Plaza Dorrego et du quartier de Boedo. Né sur les rives du Rio de la Plata, il est le monde où se croisent poètes, danseurs et musiciens qui chantent la réalité sociale d’un siècle entier.

 

Le tango est né à la fin du XIXème siècle au bord du Rio de la Plata. Dansé principalement à Buenos Aires et à Montevideo, il apparaît dans un contexte migratoire riche, où des milliers de migrants originaires d’Europe (espagnols et italiens notamment), du Moyen-Orient et afro-descendants arrivent par bateau. Dans la capitale de l’Argentine en pleine croissance, le tango accompagne l’élan d’une ville pacifiée depuis peu. En effet, ce n’est que le le 8 octobre 1860 que le nom de “República Argentina” est officialisé, dans un contexte de guerre civile qui oppose les partisans du Parti Fédéral et ceux favorables à un pays centralisé. Le tango apparaît à la fin du XIXème comme un lien culturel commun qui permet de construire l’identité populaire et nationale.

Dans un premier temps, la tango est rejeté par les élites argentines. Au début du XXème siècle, c’est encore une danse et une musique populaires qui se structurent. Considéré comme une danse de bas-fond, le tango a la réputation d’être dansé par les prostituées, même si à ses débuts, c’est une danse d’hommes. Le tango est un mélange de plusieurs danses d’origines différentes comme la cuadrilla, la milonga, la habanera cubaine, la valse, la polka ou le tango andalous. Le tango est le résultat d’une création collective et urbaine. D’origine populaire, les artistes écrivent la réalité sociale rugueuse des premières années du XXème siècle et chantent l’exil d’une patrie lointaine, laissée derrière l’océan, dans un langage métissé, le lunfardo. La nostalgie de ceux qui ont émigré prend forme dans le tango le plus connu de Carlos Gardel, Volver.

 

Le poète et parolier Enrique Santos Discépolo écrit que :

 

“Le tango est une pensée triste qui se danse.”

 

 

Le danseur Carlos Gavito (1942-2005), lui, affirmait que “ceux qui disent que vous ne pouvez pas danser le tango si vous n’êtes pas Argentin se trompent. Le Tango est une musique d’immigrants, il n’a pas de nationalité.” Le tango est une danse cosmopolite qui finira par convaincre la bourgeoisie. Après avoir connu un énorme succès dans le Paris de la Belle Époque, les élites argentines s’approprient la danse. L’écrivain et académicien spécialiste du lunfardo José Gobello écrit dans “Letras de Tango” que “Les premières paroles de tango chantées professionnellement -c’est-à-dire par un professionnel, par une personne qui vit du chant- étaient sûrement “La Morocha” (1905)”. Il est interprété ici par Libertad Lamarque en 1939.

 

 

 

 

Alors que le tango s’étend à toute la société, dansé dans des endroits réputés tels que le cabaret El Armenonville ou ou le Café de Hansen, la musique se transforme. Le tango se joue à ses débuts avec un trio d’instruments composé d’un violon, d’une flûte et d’une guitare. L’accordéon apparaît à partir de 1910 et le tango chanté est particulièrement populaire dans les années 20 et 30 grâce à la voix de Carlos Gardel. Les années 40 sont l’âge d’or du tango qui est joué par de grands orchestres tel que celui de Julio de Caro. Le piano, la clarinette, le violoncelle et la contrebasse accompagnent les instruments des débuts. Le tango n’est plus seulement un art de la danse ni un art musical : le tango est poétique, le tango est filmé, le tango est interprété.

 

 

 

 

Musiciens, poètes, chanteurs et danseurs ont joué le tango, incarné aujourd’hui par des figures culturelles emblématiques. Parmi les grands musiciens, on peut citer Osvaldo Pugliese, Carlos Di Sarli, Juan D’Arienzo. Les danseurs mythiques tels que Juan Carlos Copes et Maria Nieves ou Nélida Rodríguez et Nelson Ávila ont personnifié un art qu’une citation anonyme compare à la vie : “Elle est comme le tango : triste, sensuelle, sexy, violente et calme.” Les années 30 sont marquées par les plumes des poètes Enrique Cadicamo et Enrique Santos Discépolo qui écrivent les paroles de Yira yira (1929), Cambalache (1935), Esta noche me emborracho, Cafetin de Buenos Aires (1948). L’espagnol argentin et portègne prend sa couleur dans les paroles des tangos qui en marquent la particularité culturelle.

 

 

« Nous pouvons discuter le tango et nous le discutons, mais il renferme, comme tout ce qui est authentique, un secret ! »  Jorge Luis Borges

 

 

Le cinéma devient le théâtre du tango à travers les figures des acteurs-chanteurs tels que l’actrice Libertad Lamarque dans “El Choclo”, Carlos Gardel dans “Tango Bar” ou “Gran Casino” de Luis Buñuel.

 

À partir des années 60, dans le déclin du tango, des musiciens tels que Astor Piazzolla, Elvino Vardaro ou Pedro Maffia réussissent à renouveler le genre pour l’emmener dans la période contemporaine. Les grands danseurs le feront rayonner jusqu’à aujourd’hui à Buenos Aires et dans le monde entier, comme ce fut le cas à l’occasion du gala organisé au Teatro Colon pour le G20, où les danseurs Mora Godoy et Jose Lugones ont fait honneur à la danse. Tous ces artistes auront permis de faire du tango un art reconnu au Patrimoine Culturel Immatériel de l’Humanité en 2009.

 

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