Les crypto monnaies peuvent-elles transformer le système ?

Les crypto monnaies peuvent-elles transformer le système ?
Le cours des monnaies Bitcoin, Ethereum et Ripple le dimanche 4 février à 15h sur le site CoinMarketCap.com. Les taux sont nettement en baisse par rapport aux mois de décembre 2017 et janvier 2018.

 

Une crypto monnaie est une monnaie virtuelle utilisable sur un réseau informatique décentralisé de pair-à-pair.

Ce réseau informatique décentralisé de pair-à-pair est  une technologie de stockage et de transmission d’informations sécurisée, transparente et sans organe central de contrôle, appelée BlockChain. Il est important de différencier le concept de « crypto monnaie » de celui de « BlockChain » car, en réalité, les crypto monnaies se basent et fonctionnent grâce à la technologie BlockChain.

Des valeurs nouvelles

La crypto monnaie la plus connue est le Bitcoin (BTC), créée en 2009 par un développeur non identifié dont le pseudonyme est Satoshi Nakamoto. Il en existe beaucoup d’autres qui présentent des possibilités différentes, comme l’Éthereum, le Ripple ou encore le Cardano.

La BlockChain, ou « chaîne de blocs », désigne une base de données sécurisée et distribuée (car partagée par ses utilisateurs), contenant un ensemble de transactions dont chacun peut vérifier la validité. Une blockchain peut donc être assimilée à un grand livre comptable publique et infalsifiable. Cette technologie de stockage, appliquée aux monnaies, permet de répondre à un certain nombre de problèmes que pose le système bancaire traditionnel.

En effet, une blockchain étant un système à la fois anonyme, décentralisé et sécurisé, on ne peut pas connaître l’identité d’une personne à l’origine d’une transaction, cette transaction étant définitive.

Toutes les informations relatives au porte-monnaie virtuel sont protégées par une clé de cryptage personnelle. Toute transaction est initiée par cette clé privée. Le système pair-à-pair (peer-to-peer en anglais), sécurise ce réseau dans la mesure où chaque noeud (ordinateur) du système doit valider les blocs contenant les transactions. En sachant qu’il existe des milliers voire des millions de machines chargées de faire ce travail, il est impossible de modifier quoi que ce soit dans un noeud sans en même temps impacter les autres. Chaque transaction est visible, archivée et infalsifiable.

Une transformation politique

Les crypto monnaies n’ont encore été reconnues par aucun pays et attisent un certain nombre de débats dans la mesure où leur contrôle échappent aux Etats. En Chine, elles sont illégales bien que la plus grande ferme de minage de bitcoin s’y trouve. Cela montre bien que l’anonymat des crypto monnaies permet d’échapper à tout contrôle individuel par l’Etat. Le marché des crypto monnaies a la capacité de créer une économie parallèle tant qu’une législation concrète n’est pas mise en place. Le problème de la fiscalité est central quand à la possession de celles-ci, à petite comme à grande échelle. Certains Etats mettent en place leur propre crypto monnaie, comme la Russie ou le Venezuela, même si cela semble être une contradiction fondamentale de ce système, décentralisé par essence. D’autres pays appliquent des lois fiscales en ce qui concerne les crypto monnaies, c’est le cas de la France et de l’Argentine. Toutefois, il est difficile d’appliquer des contrôles pour confirmer l’exactitude des  déclarations d’imposition, si elles ont lieu.

Ces monnaies ont été pensées pour introduire graduellement de nouvelles unités de monnaie (après la crise économique de 2008 notamment), tout en plaçant une limite au total de ces monnaies, 21 millions dans le cas du Bitcoin. Ce total devrait être atteint bien avant les estimations qui le prédisent pour 2140. Aujourd’hui, près de 18 millions de Bitcoin ont déjà été achetés. Le but de ces monnaies est d’imiter la rareté et la valeur des métaux précieux afin d’éviter l’hyperinflation et de créer une ou plusieurs valeurs refuges, comme l’or. L’année 2017 a vu les cours de ces monnaies exploser (août 2017 : 1BTC = 4000USD / décembre 2017 : 1BTC = 20000USD). Il est possible que ces monnaies se démocratisent en 2018 dans la mesure où les plateformes d’accès aux crypto monnaies se multiplient (bornes de retrait, maison du BTC etc.)

Quel impact sur la planète ?

Malgré le potentiel technologique que promettent les crypto monnaies et la technologie BlockChain, certaines polémiques soulèvent un problème environnemental notable, notamment à cause des fermes de minage de Bitcoin. Le minage est l’utilisation de la puissance de calcul informatique afin de traiter les transactions, sécuriser le réseau et permettre au système de rester synchronisé. Afin de valider les transactions et les blocs de transactions, des « fermes de minage » se sont mises en place, c’est-à-dire que ce sont des espaces où sont stockés des ordinateurs ultra-puissants uniquement programmés pour exécuter ces opérations. Ces fermes consomment beaucoup d’électricité puisqu’un nombre important d’ordinateurs fonctionnent en permanence dans le monde, ce qui nécessite une puissance d’alimentation et de ventilation constante. Cette question a été soulevée par un certain nombre d’institutions qui dénoncent un « désastre écologique » avec l’émergence de ces nouvelles monnaies. Le journaliste Carlos Domingo a enquêté sur la question de savoir qui consomme le plus entre le système Bitcoin et le système bancaire traditionnel mondial. Cette question est complexe puisqu’il est impossible de prendre tous les facteurs en compte en ce qui concerne la consommation des banques. Par sa transparence en revanche, la BlockChain permet d’avoir des chiffres plus exacts, puisque l’on sait combien il y a de mineurs.

La consommation annuelle du BTC a été estimée à 36,8 Twh. Selon les recherches de C.Domingo, il y a plus de 30 000 banques dans le monde, toutes équipées de serveurs, de bureaux et de ATMs. En prenant en compte les différents composants du hardware du système bancaire, il a conclut que celui-ci consommerait environ 100 Twh par an. Ce résultat ne prend pas en compte la partie software. Ce résultat vise à nuancer les polémiques environnementales que soulève le Bitcoin, bien qu’il soit vrai de dire que les crypto monnaies consomment énormément d’énergie. Le problème n’est cependant pas spécifique à ce domaine puisque le problème majeur de la technologie aujourd’hui réside dans l’incapacité d’émettre, de stocker et de recycler de façon durable l’énergie.

Les crypto monnaies, de part l’évolution constante des cours qui tantôt s’envolent tantôt s’effondrent, ont un potentiel de transformation du système financier mondial dans la mesure où elles repensent l’idée même de ce qu’est la finance. À long terme, elles pourraient transformer l’économie, la politique et la vie quotidienne comme l’Internet, il y a quelques décennies.

 

« La BlockChain en général pourrait s’étendre à tous

les domaines connus (…) C’est une technologie illimitée. »

 

Entretien avec Kevín MONSALLIER, Spécialiste en sécurité informatique basé à Buenos Aires

 Pouvez-vous expliquer simplement le fonctionnement de la technologie BlockChain ?

La BlockChain est un système décentralisé d’échange d’informations qui peut avoir plusieurs applications.

Quelles sont, selon vous, les forces et les faiblesses qu’implique la technologie BlockChain par rapport aux technologies actuelles ?

La décentralisation est à la fois une grande force et une grande faiblesse de la technologie BlockChain. C’est une faiblesse dans la mesure où certaines institutions pourraient perdre le contrôle de leurs informations ou de leurs serveurs. La décentralisation est une force car il est maintenant impossible de perdre une information puisqu’elle est stockée à plusieurs endroits différents. Par exemple, dans le cas d’une banque, celle-ci a aujourd’hui la main sur ses serveurs, s’il y a une attaque, elle peut débrancher son système pour se protéger. Pour un gouvernement, il est difficile d’avoir un contrôle sur cette technologie et sur l’information dans le sens où celle-ci appartient à tout le monde.

Vous êtes spécialiste en sécurité informatique : quels sont les problèmes majeurs de sécurité auxquels vous êtes confronté ? Ce nouveau type de technologie pourrait-il transformer la manière d’aborder la sécurité des réseaux ?

Directement et pour les dix prochaines années, non, parce que la BlockChain n’est aujourd’hui utilisée et utilisable que dans le domaine des crypto monnaies. Elle n’a pas d’autres applications immédiates mais c’est une révolution en terme de sécurité.

Jusqu’à maintenant, la sécurité c’était blinder la sécurité d’une infrastructure dans l’espoir de ne pas perdre l’information présente. Dans le cas de la BlockChain, la sécurité est abordée différemment dans le sens où l’on rogne sur la sécurité de chaque participant de la BlockChain afin de sécuriser l’ensemble, le rendant inattaquable. On ne peut donc pas perdre l’information, c’est un niveau de sécurité extrême. Par exemple, si l’on veut modifier un bloc, dans la BlockChain du Bitcoin par exemple, pour modifier ou ajouter une transaction qui n’est pas réelle, il faudrait rentrer à l’intérieur de plusieurs ordinateurs en même temps, ce qui est impossible dans la mesure où il y a des milliers, voire peut-être même des millions d’acteurs à travers le monde, sous des systèmes d’exploitation différents. Pour faire cela, il faudrait prendre le contrôle d’au moins 50% de la BlockChain, c’est impossible.

On parle beaucoup de l’utilisation de la BlockChain par les crypto monnaies. Comment imaginez-vous l’évolution du système financier à long terme, dans la mesure où la BlockChain est un système décentralisé ?

Pour moi, les Etats vont créer leurs propres crypto monnaies, comme le « cryptoeuro » ou le « cryptodollar » qui seraient utilisées en tant que monnaie virtuelle pour effectuer les virements ou payer en carte bleue. Cela ne fera pas disparaître le cash, qui existera toujours ou au moins pour les trente prochaines années. Il existe des BlockChain comme celle du Ripple qui appartiennent à des banques, et qui pourraient très bien appartenir à un Etat. La Russie va créer sa propre crypto monnaie, le Venezuela est en train de créer le « petro ». A partir du moment où un organe a le contrôle du minage de la crypto monnaie, celle-ci est contrôlée par cet organe dans la mesure où elle contrôle sa BlockChain. Pour contrer ce système anonyme actuel, il faudrait que les Etats créent le leur afin d’avoir le contrôle sur la validation des transactions.

À quels domaines cette technologie pourrait-elle s’étendre ?

La BlockChain en général pourrait s’étendre à tous les domaines connus, comme l’intelligence artificielle, les « smartcontracts », les assurances, l’assurance maladie, qui est aujourd’hui un système compliqué, qui demande des vérifications manuelles systématiques, on est parfois remboursé de frais médicaux plusieurs mois après. Avec le smartcontract, il suffit de créer une règle qui indique que dès qu’une ordonnance a été validée par le pharmacien, le remboursement doit être automatiquement envoyé. Un virement en crypto monnaie prend aujourd’hui quelques heures, bientôt cela prendra quelques minutes, une transaction sera alors presque instantanée. Cela veut dire que vous rentrez chez vous en ayant déjà reçu le remboursement de votre ordonnance. Ce système est applicable au secteur aérien. Aujourd’hui, il faut faire une réclamation si votre vol a du retard, avec ce système, une règle type « Si le vol a deux heures de retard, alors il faut rembourser la moitié du billet d’avion » et le remboursement s’effectue automatiquement. La BlockChain est une technologie illimitée.

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