Histoire – Le carnaval, une fête aux couleurs de l’Humanité

Histoire – Le carnaval, une fête aux couleurs de l’Humanité
Photographie : Carnaval de 1789 – Dessin de Béricourt, BNF – Wikimedia Commons

 

Les plumes aux mille couleurs s’élancent dans le ciel de fête et les tambours sillonnent les rues au rythme du cortège. Les enfants éclaboussent les passants avec leurs sprays magiques, épargnant les costumes traditionnels des danseurs. Oui, c’est bien le carnaval qui résonne en ce début du mois de mars, dans la chaleur de l’été et à l’aube de la rentrée des classes. Mais pourquoi ce mardi-là est-il gras ? Et quelle est l’origine de cette fête millénaire ? Retour sur l’histoire du Carnaval.

 

À l’origine du Carnaval

Le mot Carnaval tire ses racines du terme latin « carnelevare », un mot composé de “carne” qui signifie “viande” et “levare” qui signifie “enlever”. Le carnaval fait ainsi référence au commencement du Carême, une période de 40 jours durant laquelle les chrétiens cessent de consommer des produits « gras », et notamment de la viande. Cette période de jeûne précédant les fêtes de Pâques est une étape de purification symbolique difficile. Le Mardi gras qui précède le mercredi des Cendres, premier jour du Carême, est le dernier jour d’excès et de fête avant ces 40 jours d’abstinence.

D’origine païenne, le carnaval représente à l’origine la fin de l’hiver et l’arrivée du printemps. Ce passage d’une saison à l’autre est célébré depuis l’Antiquité. Le fait d’inverser les rôles est une pratique que l’on retrouve dans de nombreuses fêtes de l’Antiquité. Ces fêtes ont sûrement inspiré le carnaval tel qu’on le connait aujourd’hui. Parmi ces pratiques, on s’intéresse à la fête des Sacées à Babylone caractérisée par une inversion de la hiérarchie. Les esclaves et leurs maîtres échangeaient leurs rôles durant cinq jours consécutifs.

Le principe d’échanger les rôles se retrouve également dans la Rome Antique, lors des Saturnales, de grandes fêtes célébrées à Rome à l’occasion du solstice d’hiver et en l’honneur du dieu de l’agriculture, du temps et de la mort, Saturne. Là encore, les esclaves jouissaient d’une liberté provisoire pendant un à huit jours, selon les époques. La tradition d’échanger les rôles est arrivée jusqu’à notre époque à travers le symbole du masque. Cette tradition du masque abrite de nombreux savoir-faire artisanaux que les ateliers de confection vénitiens continuent de perpétrer.

 

“Le Carnaval, c’est ce qui échappe à l’Histoire parce qu’il est la noce joyeuse du peuple et de la terre.” 

 

Dans une émission sur le carnaval, France Culture explique qu’au Moyen-âge, le carnaval “est une réponse des hommes à la détresse des saisons.” Par le rire, l’obscénité et l’excès, le carnaval est un défi à l’angoisse et à la peur, dans une époque marquée par le spectre de la mort et de la maladie. “Le Carnaval, c’est ce qui échappe à l’Histoire parce qu’il est la noce joyeuse du peuple et de la terre.” 

 

Le Carnaval en Argentine et en Amérique latine

Le carnaval est largement célébré en Amérique latine et en Argentine aujourd’hui. Le plus célèbre est le carnaval de Rio de Janeiro au Brésil, mais d’autres se défendent. À ce titre, les carnavals de Barranquilla en Colombie, de Oruro en Bolivie ou de Gualeguaychú en Argentine occupent toujours une place de premier plan dans le calendrier des festivités. Danseurs, chars et chorégraphes y démontrent leur talent, sous les yeux d’un public venu découvrir le visage de la Reine du Carnaval.

Le carnaval est célébré dans beaucoup de provinces d’Argentine, comme à Córdoba, Corrientes, Entre Ríos, Jujuy ou encore dans la ville de Buenos Aires, entre autres. Le carnaval est une fête qui a donné lieu à des jours fériés à partir de 1956. Il furent supprimés en 1976 puis rétablis en 2011. Chaque province apporte ses spécificités culturelles au carnaval. Les régions proches du Brésil incorporent des shows de samba tandis qu’à Jujuy, on déterre le “diable du carnaval” qui symbolise la libération des désirs réprimés. Les carnavals du nord-ouest argentin ont reçu les influences de la Bolivie et du Pérou et se caractérisent par leurs danses traditionnelles.

Le plus grand carnaval d’Argentine est celui de Gualeguaychú, qui s’étend du mois de janvier au mois de mars pour le Carnaval del País. Les comparsas, véritables équipes carnavalesques composées de musiciens, de chars, de danseurs et d’artistes viennent participer au concours visant à déterminer quel sera le plus beau spectacle. Les critères pris en compte sont multiples : chorégraphie, mise en scène, costumes, danse et chars. Marí Marí, Kamarr et Ará Yeví sont les comparsas les plus connues et chacune possède sa propre personnalité, ses couleurs et sa musique. Ce carnaval se différencie de celui de Buenos Aires en rappelant la démesure des fêtes brésiliennes, ses plumes vertigineuses et ses paillettes colorées. Ce carnaval attire des milliers de visiteurs chaque année.

 

Carnavals du monde

Le carnaval est une fête célébrée partout dans le monde, véritable patrimoine dépassant les différences culturelles. Dans les classements des dix plus beaux carnavals du monde, on retrouve selon les sources, le carnaval de Rio (Brésil), celui de Venise (Italie), de Cologne (Allemagne), de la Nouvelle-Orléans (États-Unis), de Dunkerque (France), de Nice (France), de Québec (Canada), de Binche (Belgique) ou encore de Trinidad (Trinité-et-Tobago).

Chaque carnaval prend cependant la couleur locale, s’inscrivant dans une tradition culturelle particulière. Le carnaval de Rio est certainement le plus coloré et il représente l’une des fêtes les plus importantes du calendrier, si ce n’est la plus importante. Le carnaval y commence plusieurs semaines avant Mardi gras. À Venise, le carnaval n’est célébré que depuis la Renaissance et conserve aujourd’hui un style baroque qui en fait tout le prestige. Au Canada, le carnaval est resté une fête saisonnière plus que religieuse : on y fête l’hiver, symbolisé par la mascotte Bonhomme.

En Inde, à Ladakh, le carnaval s’adapte à la religion orientale. Véritable festival monastique en l’honneur du bouddhisme tibétain, il dure deux jours, au début et à la fin du Nouvel An tibétain. Le festival de Dosmoche célèbre la victoire sur les démons. Dans les monastères, des offrandes sont préparées pour les démons qui seront brûlés. Cette fête a pour but de protéger de la malchance pour l’année à venir. Le carnaval de Nothing Hill en Angleterre est célébré en été (24 au 26 août 2019). C’est un carnaval relativement jeune qui se fête depuis les années 60. Ce sont les immigrants venus de Trinidad qui ont apporté la tradition des danses et des défilés costumés.

 

Le Carnaval est une fête qui accompagne l’Humanité depuis l’Antiquité. À l’origine, il était une fête païenne qui s’est mélangée aux traditions chrétiennes au Moyen-Âge. Dernier jour d’excès avant le jeûne ou hommage à la nature et aux saisons, cette période de fête est un moment de communion entre les cultures, d’effervescence des couleurs, de la musique et de la danse, les uns sous le soleil de l’été tropical, les autres sous la neige de l’hiver boréal.

 

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