Après trois ans à la Casa Rosada, quel bilan pour Mauricio Macri ?

Après trois ans à la Casa Rosada, quel bilan pour Mauricio Macri ?
Photographie : La Pirámide de Mayo, sur la Plaza de Mayo, en face de la Casa Rosada – ElCarretero

 

C’est la larme à l’oeil que le président argentin Mauricio Macri termine l’année. Ému face au spectacle organisé au Teatro Colón à l’occasion du G20, le chef d’Etat fête également sa troisième année à la Casa Rosada. Il avait en effet été investi le 10 décembre 2015, marquant un tournant dans l’histoire politique du pays. Après douze années de kirchnerisme, cet ingénieur s’était fait le porte-parole d’une Argentine nouvelle, sans pauvreté et ouverte sur le monde. Entre espoir et désillusion, crises et réussites, qu’en est-il du bilan du président à l’aube de la nouvelle année électorale ?

 

Les moments clés

Dans un article publié le 11 décembre 2018, le journal argentin La Nación évoque les six moments clés du mandat de Macri. En premier lieu, le quotidien se réfère à l’investiture du président en décembre 2015, après sa victoire au second tour de l’élection présidentielle le 22 novembre 2015 face au candidat du parti “Frente para la Victoria”, Daniel Scioli. Le jeune parti politique Cambiemos arrive à la tête du pouvoir face aux partis traditionnels, rompant ainsi avec les douze années de gouvernance des Kirchner.

La première crise majeure de ce gouvernement nouveau surgit en août 2017. Santiago Maldonado disparaît lors d’une manifestation en défense du peuple Mapuche dans la Provincia del Chubut, en Patagonie. Ce dernier est vu pour la dernière fois avant d’être tiré dans une fourgonnette de gendarmerie. Il sera retrouvé quelques semaines plus tard, flottant dans le fleuve Chubut. La version officielle fait état d’une noyade. Des manifestations massives demandant l’apparition en vie de Santiago Maldonado éclatent à Buenos Aires et partout en Argentine. Le gouvernement est accusé de “disparition forcée” et de “répression” par la population et des organismes de défense des droits de l’homme.

En octobre 2017,  le gouvernement voit de meilleures jours. Les élections législatives viennent confirmer le soutien de la population à Cambiemos. 13 provinces et la Ville Autonome de Buenos Aires ont souhaité attribuer la majorité parlementaire au parti présidentiel. Le parti en place remporte les élections dans les cinq provinces les plus importantes, à savoir CABA, Buenos Aires, Córdoba, Santa Fe et Mendoza. Cela n’était pas arrivé depuis 1985.

 

Carte des résultats par province aux élections législatives de 2017  Source : https://www.minutouno.com/notas/3045949-asi-quedo-el-mapa-politico-la-argentina

 

En novembre 2017, c’est un nouveau coup dur pour l’exécutif : le ARA San Juan, sous-marin militaire, disparaît dans les eaux de l’océan Atlantique avec 44 membres d’équipage à son bord. Malgré les nombreuses recherches et l’aide de plusieurs pays étrangers, le sous-marin ne sera retrouvé que l’année suivante, en novembre 2018.

Mais la crise notable qui aura secoué le gouvernement de Mauricio Macri englobe l’année 2018 toute entière et le grand démon de l’Argentine ; l’inflation. L’instabilité économique qui a secoué les marchés financiers et isolé le pays de ses investisseurs conduit le président et le ministère de l’économie à entamer des négociations avec le FMI. À partir du mois de mai, Nicolás Dujovne et Mauricio Macri présentent les projets successifs d’accord avec le Fonds Monétaire International et proposent finalement un premier texte au mois de juin. La population refuse largement de recevoir un prêt du FMI. Pour les argentins, cet engagement est une perte de souveraineté nationale qui ne fait qu’empirer la crise économique, dans un contexte où le peso argentin a perdu la moitié de sa valeur en moins d’un an.

Pour rehausser son image, le président profite du succès de l’organisation du sommet du G20 les 30 novembre et 1er décembre 2018. À cette occasion, Mauricio Macri a pu rencontrer les présidents français Emmanuel Macron, américain Donald Trump ou chinois Xi Jinping. Divers accords économiques ont été signés. Le gouvernement parle d’une ouverture de l’Argentine sur la scène internationale qui permettra de relancer la croissance du pays.

 

 

Une parole en suspens

L’exécutif entre dans l’année électorale avec un bilan politique mitigé. L’ambition de Cambiemos n’a pas suffit à mettre en oeuvre toutes les promesses de campagne qui restent, pour la majorité, non abouties. La volonté de Mauricio Macri, qui souhaitait être jugé dans sa fonction selon sa capacité à diminuer la pauvreté dans la pays, n’aura pas porté ses fruits : aujourd’hui, 32,2% de la population argentine est pauvre selon une étude de l’INDEC. Ce chiffre, qui était en baisse l’année dernière, repart à la hausse au premier semestre 2018.

Le président Macri s’était engagé à ne pas augmenter les impôts et à ne pas effectuer de réajustements sur les services. Ces deux promesses n’ont pas été tenues puisque l’impôt sur le revenu augmentera à partir du 1er janvier 2019 (cela concerne en priorité les travailleurs célibataires et sans enfants) et les prix des services comme l’eau, le gaz et l’électricité ont bondi ces derniers mois après que les aides attribuées à ces services aient été supprimées.

Les analystes de chequeado.com ont compté que sur 20 promesses de campagne, seulement deux ont été réalisées, six sont en cours de réalisation avec de l’avance, six autres sont en cours de réalisation et retardées et les six dernières sont qualifiées de non-réalisées. Parmi elles, le projet de construire trois mille jardins d’enfants, atteindre la “pauvreté zéro”, baisser l’inflation et intégrer des ordinateurs dans écoles primaires. Les deux engagements tenus sont l’extension de “l’indemnité universelle par enfant applicable également aux enfants des détenteurs d’un monotributo” et appliquer “la loi du repenti”, qui a montré son intérêt dans le scandale des “cahiers de la corruption”.

 

Il est vrai que trois années de mandat ne sont pas suffisantes pour faire un bilan réel de la présidence d’un chef d’Etat. Cependant, si le président Macri vise une réélection au mois de novembre 2019, il lui faudra convaincre et viser le sans-faute pour l’année qui arrive. Le péronisme est toujours fort et le leader de Cambiemos devra tenter de faire oublier le mot le plus prononcé de l’année par les argentins, “désastre”.

 

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