Un accord entre l’UE et le Mercosur est-il toujours possible ?

Un accord entre l’UE et le Mercosur est-il toujours possible ?

Le Billet du Mercosur

 

Rebondissement. Voici un mot qui définit parfaitement le projet d’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Mercosur. Depuis bientôt vingt ans, les négociations entre les deux blocs sont à l’image d’un couple qui se rabiboche sans cesse, sans jamais arriver à un terrain d’entente. On aurait pu penser que cette fois-ci c’était la bonne, avec l’arrivée dans le Mercosur des gouvernements libéraux en 2016 (Brésil et Argentine). Les pourparlers à l’arrêt depuis 2012 avaient en effet repris, mais c’était sans compter sur un trio perdant, à savoir le cocktail COP21-Macron-Bolsonaro.

 

L’idée de la signature d’un accord de libre-échange entre l’UE et le Mercosur ne date pas d’hier. Dès 1995, la question se pose aux deux blocs régionaux qui signent le 15 décembre de la même année l’accord-cadre interrégional de coopération entre l’Union européenne et les pays du Mercosur. Cet accord a alors comme ambition de créer et de consolider des relations diplomatiques solides entre les deux continents, afin d’ouvrir les portes à un éventuel accord de libre-échange dans le futur. L’acte de Madrid a permis d’institutionnaliser un dialogue politique régulier à l’occasion de rencontres entre chefs d’Etat, ministres et hauts fonctionnaires des différents pays.

 

L’agenda des négociations qui débute en 2000 n’a pourtant pas pu se stabiliser et a souffert de multiples complications. En 2004, le projet d’accord est interrompu pour n’être relancé qu’en 2010. C’est un nouvel échec en 2012 jusqu’à l’arrivée au pouvoir de Mauricio Macri en Argentine et de Michel Temer au Brésil en 2016. L’orientation libérale des deux grandes puissances du Mercosur a permis de concorder avec un climat commercial global favorable aux discussions. Les espoirs de signature de cet accord portaient sur une finalisation en juin 2018, juste avant les élections brésiliennes du mois d’octobre. Cela n’a pas été possible.

 

Avec l’arrivée de Jair Bolsonaro à la tête du Brésil, l’espoir de signature s’est ralenti. Le président brésilien avait en effet laissé entendre qu’il souhaitait sortir de l’Accord de Paris à l’image de son homologue américain Donald Trump. Déjà critique sur plusieurs points, le président français Emmanuel Macron avait affirmé :

 

“Je ne peux pas d’un côté demander aux agriculteurs et travailleurs français de changer leurs habitudes pour sauver la transition écologique, et de l’autre, signer des accords commerciaux avec des pays qui font tout le contraire.”

 

Même si Jair Bolsonaro est revenu sur ses ambitions, les principaux points de désaccords semblent être profondément à la base de ce projet. En effet, les deux régions ne partagent pas les mêmes intérêts économiques et souffrent d’une asymétrie importante qui obligent les négociations à s’opérer non pas à deux échelles mais plutôt à quatre : il faut prendre en compte la position de la Commission européenne, celle des pays européens, du Mercosur et des pays sud-américains dont la stabilité interne n’est pas toujours en phase avec l’alliance continentale.

 

Mais alors, qu’est-ce qui pose réellement problème ? Le gros point noir de cet accord, c’est l’agriculture. Les protagonistes ne sont pas d’accord sur les importations agricoles et agro-industriels ni sur les quotas à réserver à ces dernières. Même si la Commission européenne reste favorable à la signature, des pays tels que la France, l’Allemagne ou l’Irlande s’inquiètent pour leur agriculture qui souffrirait de l’arrivée de produits concurrents et plus compétitifs. Les produits agricoles provenant d’Amérique du Sud ne sont pas sujets aux mêmes normes d’hygiène et de production : à quoi bon interdire des pratiques telles que l’utilisation du glyphosate si les produits consommés au bout de la chaîne proviennent de pays où ces normes ne s’appliquent pas ?

 

Bien que le Mercosur représente pour l’Union européenne un marché de près de 260 millions de consommateurs, les relations commerciales entre les deux continents restent largement inégales. Selon une étude de l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques (IRIS), l’UE est le premier partenaire commercial du Mercosur, ce qui représente pour ce dernier 21,8% du commerce du bloc en 2016. En revanche, cela ne se chiffre qu’à 2,4% pour l’UE, ce qui montre que le Mercosur n’est pas un partenaire indispensable pour l’Europe. Le Mercosur est cependant composé de pays qui fonctionnent grâce à des industries fortes et importent d’Europe des machines, des équipements de transports, des produits chimiques et pharmaceutiques. Avant de conclure un accord avec l’Europe, le Mercosur doit d’abord faciliter les échanges commerciaux dans son propre espace encore sujet à des droits de douane élevés et à une imperfection de la zone de libre-échange.

 

Selon Greenpeace, “cet accord représente un danger pour l’environnement et les droits humains.”

 

Des associations et des acteurs de la société civile dénoncent les conséquences potentielles qu’aurait la mise en place d’un tel accord de libre-échange. Malgré son intérêt économique évident, cet accord représente, selon Greenpeace, “un danger pour l’environnement et les droits humains.” Ayant pour objectif d’augmenter les exportations dans des secteurs tels que l’automobile, l’énergie ou les marchés financiers pour l’UE et la viande et le soja pour le Mercosur, cet accord “(menace) directement l’environnement, que ce soit l’automobile pour la qualité de l’air et le climat ou la viande et le soja, qui accentuent dramatiquement la déforestation”, complète l’ONG sur son site Internet. Les détracteurs de cet accord dénoncent également des conséquences sociales désastreuses, notamment pour les peuples autochtones qui vivent dans la forêt amazonienne et pour les agriculteurs. À ce titre, les membres du G20 avaient réitéré, avec un point exceptionnel pour les Etats-Unis, l’irréversibilité de l’Accord de Paris. Difficile de composer avec les deux textes.

 

À l’occasion de la rencontre bilatérale entre Mauricio Macri et Jair Bolsonaro à Brasilia le 16 janvier dernier, les deux présidents ont laissé entendre qu’ils travaillaient sur une politique commune. Le président argentin a remercié son homologue pour cette visite, se disant “sûr que notre travail en commun contribuera pour avancer vers un futur meilleur.” C’est une année importante pour le Mercosur et l’UE qui ont l’opportunité de se restructurer. Cependant, cette année électorale décisive pour l’UE accaparée par le Brexit et les tensions internes ne sera probablement pas celle d’un retour enthousiaste des négociations pour un accord initié il y a vingt ans et dont le dossier secret commence à prendre la poussière. Au grand bonheur de la cause verte.

 

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