Emmanuel Macron en marche pour le sommet du G20

Emmanuel Macron en marche pour le sommet du G20
Photographie : Emmanuel Macron et son épouse lors du discours devant la communauté française à l’Usina del Arte le 29 novembre – ElCarretero

 

Le président français Emmanuel Macron a été accueilli à l’Usina del Arte aux alentours de 19h, le jeudi 29 novembre 2018. Le chef de l’Etat a rendu visite à la communauté française dans le cadre d’une réception officielle, en marge du sommet du G20 en Argentine. Le président vient y défendre les intérêts français, dans la ligne de sa politique internationale en faveur de la croissance numérique, du développement durable et du multilatéralisme. Les chefs d’Etat des 20 pays les plus puissants se rencontreront dans un climat géopolitique polarisé, voire même conflictuel. Les représentants des institutions françaises telles que le Consulat de France, Business France ou la FrenchTech Argentina étaient présents.

 

Le monde entier au bord du Rio de la Plata

Les chefs d’Etat des 20 pays se rassemblent dans le cadre du sommet du G20 les 30 novembre et 1er décembre 2018. Les grandes institutions internationales telles que l’Union Européenne, le FMI, la Banque Mondiale ou encore l’OMC prennent également part aux discussions. Pour la première fois depuis sa création en 1998, le sommet est organisé en Amérique du Sud. La 13ème édition de la conférence diplomatique accueille les dirigeants de l’Afrique du Sud, l’Allemagne, l’Arabie Saoudite, l’Australie, le Brésil, le Canada, la Chine, la Corée du Sud, les Etats-Unis, la France, l’Inde, l’Indonésie, l’Italie, le Japon, le Mexique, le Royaume-Uni, la Russie, la Turquie et le pays hôte, l’Argentine, l’UE fonctionnant comme le 20ème membre. D’autres pays comme l’Espagne ou le Chili sont invités.

En réalité, les négociations ont commencé le 26 novembre. Les députés et ministres de la finance se sont réunis jusqu’au 29 novembre. Depuis la crise économique de 2008, le G20 joue un rôle politique fondamental dans les relations entre les pays, parfois soumises à de vives tensions. Le rôle du G20 est de créer des médiations politiques dans un contexte de mondialisation économique.

 

 

Un contexte tendu

Et c’est bien dans un contexte politique polarisé que s’ouvre ce sommet du G20. Deux thèmes qui fâchent structurent l’agenda : le commerce et le climat.

Les négociations préalables du G20 Finances ont été particulièrement tendues au mois de février, notamment sur le thème de la fiscalité. Les États-Unis mettaient en effet en vigueur les taxes à l’importation de l’acier à 25% et de l’aluminium à 10%, mesures vivement contestées par les européens. L’Europe s’était lancée dans un autre bras de fer avec les États-Unis, puisqu’elle cherchait à taxer les géants du numérique, ou gafa pour Google, Amazon, Facebook et Apple. Steven Mnuchin, le Secrétaire d’État américain au Trésor, avait affirmé la position du géant nord-américain en s’opposant fermement “aux propositions de quelque pays que ce soit de cibler les compagnies numériques.” La rencontre entre Donald Trump et Xi Jinping promet un échange délicat, en pleine guerre commerciale entre les USA et la Chine.

Les enjeux écologiques actuels prennent de plus en plus d’importance dans l’agenda politique. La France, qui défend fermement son accord de Paris signé à l’occasion de la COP 21 en décembre 2015, apparaît comme chef de file de la transition écologique. Mais comment trouver un terrain d’entente avec un président comme Donald Trump, qui s’était retiré de cet accord, et dont la politique repose sur des valeurs opposées à la protection de l’environnement ? À l’image du président brésilien récemment élu, Jair Bolsonaro, qui vient confirmer une tendance souverainiste de la politique mondiale, il semble de plus en plus difficile d’imaginer un consensus qui mènerait à une entente commune des pays sur l’environnement.

Il semble pourtant nécessaire de mettre en place rapidement une économie écologique, alors que certaines régions du monde subissent de plein fouet les conséquences de ce dérèglement, les pays occidentaux n’étant pas une exception (incendies, inondations, migrations climatiques). Antonio Guterres, le secrétaire général des Nations Unies, explique que cet accord n’a toujours pas été mis en place par les états et que la situation écologique de la planète se dégrade.

 

 

Négocier pour aboutir à une politique internationale commune sur des enjeux actuels majeurs, telle est l’ambition mais aussi la grande difficulté du G20. Pas sûr que le climat soit dans la tête de tous. L’Arabie Saoudite, en guerre au Yémen, sera présente à ce sommet. Le pays revient après le scandale de l’affaire Khashoggi, disparu le 2 octobre dernier. L’Italie euro-sceptique de Giuseppe Conte ne viendra pas appuyer les intérêts d’une Union Européenne avec qui elle est en désaccord sur son budget, tout comme le Royaume-Uni, en pleine négociation pour trouver un accord sur le Brexit.

 

Un coup de pouce pour l’Argentine

Pour l’Argentine, ce sommet du G20 représente une impulsion importante sur la scène internationale. Le pays a bénéficié d’une visibilité inédite toute l’année et profitera du sommet des chefs d’État pour consolider ses relations bilatérales avec les autres pays, comme le Chili et le Brésil. L’Argentine cherche à fomenter ses relations avec l’Union Européenne, le Mercosur et le Canada. L’accueil et l’impression faite aux leaders des pays influencera grandement sur ces relations, dans un contexte où l’Argentine doit retrouver sa crédibilité économique. Le pays a en effet contracté un prêt de 57,1 milliars de dollars avec le Fonds Monétaire International après que sa monnaie se soit dévaluée de près de 50% en six mois.

La priorité du gouvernement s’oriente vers le thème des infrastructures. Le pays hôte a pu proposer des thèmes de discussion et influer sur l’agenda du sommet. Parmi ces problématiques, l’Argentine a souhaité parler du “Futur de l’emploi”, des “Infrastructures pour le développement” et du “Futur de l’alimentation durable”. Le pays a lancé l’initiative du U20, qui a eu lieu les 29 et 30 octobre. Cette conférence sur le climat a regroupé les représentants des métropoles des pays du G20 pour dialoguer sur le thème du développement durable dans les grandes villes du monde entier.

L’accord trouvé par le Urban 20 a été signé par 34 villes dont Buenos Aires, Paris et Tokyo. Les représentants des villes se sont engagés à faire appliquer les Accords de Paris dans le but d’arrivée à un taux d’émission neutre d’ici 2050. De plus, les villes se sont engagées à favoriser les énergies renouvelables, à développer les programmes d’insertions professionnelles et à améliorer l’accès des femmes à l’éducation et à l’indépendance économique.

Horacio Rodríguez Larreta, le chef du Gouvernement de la Ville de Buenos Aires (Jefe de Gobierno de la Ciudad de Buenos Aires) parle d’un succès qui a permis aux grandes villes “d’obtenir une voix sur les thèmes les plus urgents du calendrier du développement global.” Dans la foulée, la COP 24 s’ouvrira le 2 décembre en Pologne.

 

Du côté des français

Pour la France, le G20 est une occasion de réaffirmer sa politique internationale, un an et demi après l’arrivée d’Emmanuel Macron à la présidence de la République. Le président s’est déjà démarqué par sa politique pro-européenne, son engagement en faveur de l’Accord de Paris et sa volonté de promouvoir les innovations et les nouvelles technologies. La France profite également de ce sommet pour envisager des accords commerciaux avec l’Argentine. Le président a annoncé hier, dans son discours à l’Usina del Arte, que la France soutiendrait l’Argentine dans l’entrée à l’OCDE. Le président Macri est invité à Paris au premier semestre 2019. Le chef de l’Etat argentin a également remercié son homologue français pour l’appui que ce dernier lui a apporté devant le FMI. Par contre, le président français a déclaré dans un entretien au journal argentin La Nación que les deux pays “ne sont pas en mesure de conclure un accord Mercosur-UE”.

Le président Macron s’est exprimé à demi-mot en écho au mouvement des “gilets jaunes” lors de son discours. Il réagit en effet sur le thème de la transition écologique en disant qu’il lui “appartiendra de prendre des décisions supplémentaires dans les semaines, les mois qui viennent, mais elles ne seront jamais des reculs.” Un troisième rassemblement est prévu le samedi 1er décembre en France pour protester contre la hausse du prix des carburants et plus largement contre la vie chère.

Emmanuel Macron a également mis en valeur les relations culturelles fortes qu’entretiennent nos deux pays. Il a notamment fait référence à San Martín, dont la sépulture est à Boulogne-sur-Mer, à Carlos Gardel né à Toulouse ou encore au tango. Cette relation culturelle profitera aux étudiants français désireux d’étudier en Argentine et aux étudiants argentins souhaitant partir en France. Emmanuel et Brigitte Macron ont d’ailleurs visité la librairie “El Ateneo” pour rendre hommage à la littérature argentine, avec une admiration particulière pour Jorge Luis Borges.

 

C’est donc à Buenos Aires que nous recevons un sommet du G20 électrique, où le président français s’autorise fermeté et goût des lettres. Nous verrons à l’issue de ce week-end fantôme si, dans la capitale bloquée, la volonté de dialogue de Mauricio Macri aura été écoutée.

 

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